"Quest", c'est ainsi, dans les rugueux quartiers nord de Philadelphie, que l'on connaît Christopher Rainey. Quest, du nom du studio (Everquest Recordings) en dessous de chez lui où il enregistre depuis treize ans les rappeurs du coin. Dans cette partie de la ville où les gens ne sont pas aussi durs qu'ils en ont l'air et où les Blacks sont suspects tant que leur innocence n'est pas établie, Christopher vit avec Christine (a...

"Quest", c'est ainsi, dans les rugueux quartiers nord de Philadelphie, que l'on connaît Christopher Rainey. Quest, du nom du studio (Everquest Recordings) en dessous de chez lui où il enregistre depuis treize ans les rappeurs du coin. Dans cette partie de la ville où les gens ne sont pas aussi durs qu'ils en ont l'air et où les Blacks sont suspects tant que leur innocence n'est pas établie, Christopher vit avec Christine (alias Ma Quest) et leur fille PJ. Pour gagner sa vie, il distribue des journaux. Christine, elle, a l'impression d'être une maman où qu'elle aille. Elle bosse dans un centre pour femmes et enfants sans domicile. Et son fils aîné, 21 ans, né d'une précédente union, a un gamin et une tumeur cancéreuse au cerveau. Présenté au festival de Sundance l'an dernier, Quest est le premier documentaire de Jonathan Olshefski, déjà élu parmi les 25 nouveaux visages du cinéma indépendant par Filmmaker Magazine et présenté comme l'un des neuf réalisateurs à découvrir par le New York Times. Loin des clichés sur les Blacks et sur le rap, Quest est le portrait d'une famille afro-américaine pas épargnée par les coups du sort. Une famille qui a du mal à joindre les deux bouts mais, en dépit des malheurs qui l'accablent, continue de garder la tête haute et de défendre sa communauté. On suit le quotidien de chacun. Puis aussi la petite vie du studio, ses Freestyle Fridays où viennent improviser les mecs du quartier. " Je suis frustrée aussi. Nous ne sommes pas riches et, désolée, Oprah Winfrey n'est pas ici pour te donner la garde-robe dont tu as besoin" , assène Christine à sa fille. Dans Quest, et plus particulièrement dans la famille Rainey, on refuse de se présenter comme des victimes des circonstances. On essaie de surmonter les obstacles, de passer par-delà les drames. Même quand la violence armée vient collatéralement s'en mêler. Jonathan Olshefski signe un portrait de famille plein de pudeur, fruit de dix ans de travail, qui fait écho, dans le déchaînement du quotidien et la résistance sage, aux réflexions de Ta-Nehisi Coates, James Baldwin et Raoul Peck...