On évacuera rapidement le paradoxe inhérent à toute exposition autour du punk: comment faire rentrer dans un musée un mouvement qui, dans son essence même, refusait violement toute forme d'institution et d'établissement? Arnaud Bozzini, directeur de l'ADAM-Brussels Design Museum, ne nie pas la contradiction. " Mais il faut admettre que l'idée du musée a beaucoup évolué ces dernières années. Son approche est moins formelle, il se situe davantage dans une démarche de dialogue et d'ouverture. Et puis, c'est l'Histoire des choses et on en parle." De fait, le mouvement punk avait beau clamer "no future", il constitue aujourd'hui un "patrimoine" vieux désormais de 40 ans.

© Jamie Reid Courtesy John Marchant Gallery Copyright Sex Pistols Residuals

Le plus souvent, c'est sa dimension musicale qui est mise en avant. Le mouvement a cependant brassé beaucoup plus large. Notamment dans le graphisme, où il a souvent pu s'exprimer de manière plus ouvertement contestataire et politique. Dans l'exposition inaugurée la semaine dernière à l'ADAM, la musique a donc été volontairement rangée sur le côté. Hormis une paire de platines et des bacs de vinyles installés à l'entrée, ainsi qu'un duo de clips diffusés au début et à la fin du parcours, Punk Graphics est à peu près muet. Alimentée principalement par la collection privée de l'Américain Andrew Krivine, et complétée par une section davantage centrée sur la scène belge, l'exposition explore le langage graphique punk à travers des affiches, posters, badges, pochettes de disques, etc. Où l'on découvre notamment que le nihilisme latent n'empêchait pas l'humour, ou que les techniques DYI n'hésitaient pas à s'inspirer du pop art ou même du constructivisme russe. Punk et sauvage, certes, mais pas inculte pour autant.

© Remain in Light - LP poster (1980) for the Talking Heads. Courtesy of Warner Music.

Punk Graphics - Too fast to live, too young to die: Jusqu'au 26/04, à l'ADAM-Brusign Museum, Bruxelles. www.adamuseum.be

© Road to Ruin - LP poster (1978) by Gus MacDonald and John Holmstrom for the Ramones. Courtesy of Warner Music.