Le petit et le grand écrans filent plus que jamais le parfait amour avec l'oeuvre de Stephen King ( lire pages 18-21). Mais jamais l'auteur de Christine, It, Carrie et Shining n'avait embrassé -et avec quelle intensité!- la forme du polar. C'est probablement ce qui fait de cette adaptation de Mr. Mercedes, publié en 2014, une réussite: l'alliance entre le meilleur du thriller et du policier. Transposée par David E. Shelley, la série qui vient d'entamer sa deuxième saison sur la chaîne américaine Audience préserve encore l'aura menaçante et le suspense alangui qui ont forgé la part d'ombre de Big Little Lies, dont il éta...

Le petit et le grand écrans filent plus que jamais le parfait amour avec l'oeuvre de Stephen King ( lire pages 18-21). Mais jamais l'auteur de Christine, It, Carrie et Shining n'avait embrassé -et avec quelle intensité!- la forme du polar. C'est probablement ce qui fait de cette adaptation de Mr. Mercedes, publié en 2014, une réussite: l'alliance entre le meilleur du thriller et du policier. Transposée par David E. Shelley, la série qui vient d'entamer sa deuxième saison sur la chaîne américaine Audience préserve encore l'aura menaçante et le suspense alangui qui ont forgé la part d'ombre de Big Little Lies, dont il était le coproducteur avisé. Définitivement sorti de cette télé "divertissante mais un peu intelligente" qui a fait sa fortune ( Ally McBeal, Boston Public), Shelley lâche définitivement la bride et épouse pleinement le monde sanglant, cru, acerbe et carrément flippant de Stephen King. Il met en exergue la manière dont ce dernier, à travers l'horreur, peut enclencher une allégorie du monde alentours et dessiner des personnages avec le souci du détail et de la normalité déviante. La première scène, glaçante et à la limite de l'insoutenable, fait se téléscoper la crise économique qui frappe les plus démunis et ces conducteurs fous qui, de Nice à Ferguson, ont tué des innocents et hypnotisés les médias. Un malade caché sous un masque de clown (encore un) fonce au volant de sa Mercedes dans une file de chômeurs formée à l'aube, laissant derrière lui 16 tués -dont un bébé- et des dizaines de blessés. Quelque années plus tard, le policier chargé de l'enquête, Bill Hodges (Brendan Gleeson), prend sa pension sans avoir réussi à l'élucider. Hanté par une mauvaise conscience aussi envahissante qu'une vigne vierge, il se fait rappeler au bon souvenir de l'assassin, qui pirate son ordinateur et le met sous étroite surveillance, l'abreuvant de vidéos insoutenables des victimes et de l'attentat. Ce psychopathe n'est autre qu'un certain Harry, fils unique traumatisé employé d'un magasin d'informatique, pervers polymorphe, génie foudroyé de colère et d'instincts de prédateur. Dans cette histoire où le chasseur devient la proie, Hodges, joué par un Gleeson qui parvient à reproduire l'énergie d'un éléphant de mer affalé sur les rochers, est engagé par la soeur de la propriétaire de la fameuse Mercedes, évidemment volée, et qui a été poussée au suicide par Harry. Il prend l'enquête à son compte, aidé par son jeune voisin, génie de l'informatique. Shelley prend un soin particulier à sculpter la psyché des deux antagonistes. Pour Harry, il le fait avec une subtilité proportionnelle au potentiel flippant que dégage l'acteur Brady Hartsfield. Dans ce drame intimiste aux sursauts effrayants, à la construction retorse, rythmée par une bande son parfaitement raccord (Ramones, Leonard Cohen), les seconds rôles Lou Linklatter, Kelly Lynch et Mary-Louise Parker sont éblouissantes et tirent leur épingle d'un jeu dangereux, terrifiant, mais teinté d'un humour bien grinçant.