The Church
...

The Church DISTRIBUÉ PAR NEWS. 8 Le psychédélisme doit être le genre le plus élastique du générique rock puisqu'il va des délires mid-sixties de San Francisco aux actuelles postures cosmiques de Tame Impala ou Animal Collective. En chemin, il a engrangé un nombre considérable d'histoires, souvent définies par la consommation de drogues hallucinogènes comme le LSD, bâtissant un mur distordu de la réalité. Soit une imagerie frivole exagérément colorée et des musiques quittant le binaire strict pour des envolées pareillement déformées. Tout cela croise le destin de The Church dans les années 80, talentueux groupe de Sydney qui va connaître une pincée de gloire internationale via l'album Starfish sorti en 1988, comme Under The Milky Way, son plus grand hit à ce jour. Il est toujours difficile de diagnostiquer les raisons d'un (in)succès commercial mais dans le cas de The Church, il est patent que la came a miné un parcours prometteur, Steven Kilbey, meneur du groupe, passant ses années 90 accro à l'héroïne. Ajoutez-y des permutations incessantes de musiciens, des carrières solos souvent dispensables, et vous avez la formule ad hoc d'un trajet borgne et inégal. Surprise agréable donc que de découvrir les douze chansons du nouvel album: vigoureusement livrées en état de suspension, diaphanes mais pas trop. Assez fraîches pour ne pas donner l'impression d'un remake de vieilles recettes périmées ou tout simplement éculées. D'ailleurs la plupart des titres semblent impossibles à dater, même si l'impression contemporaine persiste. Ici, le principal truc psychédélique vient non seulement de l'empilage de couches formant le mille-feuilles de chaque plage, mais aussi du voile qui, le plus souvent, la recouvre. A priori, il s'agit plutôt d'une matière transparente, genre tulle, qui n'étouffe rien mais rend la transmission des effets musicaux plus gazeuse, plus rêveuse. Tout cela ne fonctionne sans doute que parce que la matière première derrière le paravent est des plus solides: guitares électriques nacrées et harmonies vocales soudées au plaisir. Avec la réverbération coutumière des transmetteurs oniriques sur les voix, et des mélodies à propulsion sous-marine. Pas forcément remarquées à la première écoute, mais déterminantes dans les progressions d'accords qui font sens (Toy Head, Love Philtre). L'un des beaux moments de ce long disque -plus de 66 minutes- intervient à la cinquième place: une ballade de format classique comme en produit le meilleur de la musique nord-américaine classique -d'ailleurs la chanson est baptisée Laurel Canyon. Oui, du nom du quartier de L.A. où vivait une partie de la communauté rock des sixties, en pleine affaire psychédélique donc... PHILIPPE CORNET