"Il m'est impossible de définir mon travail autrement que comme une recherche, un questionnement en cours. Il n'y a pas d'oeuvre à proprement parler car je ne sais pas où je vais... J'essaie juste de rester sincère, de ne pas me laisser enfermer par ce que l'on attend de moi", nous expliquait Lara Gasparotto lors d'une précédente entrevue. Le nouvel accrochage du Botanique allait-il confirmer cette confession intime faisant l'apologie d'un processus erratique? Rien ne le présupposait tant est importante la pression qui pèse sur les épaules de cette photographe de 28 ans qui a rapidement été promue "regard prometteur". Rien de pire qu'être attendue au tournan...

"Il m'est impossible de définir mon travail autrement que comme une recherche, un questionnement en cours. Il n'y a pas d'oeuvre à proprement parler car je ne sais pas où je vais... J'essaie juste de rester sincère, de ne pas me laisser enfermer par ce que l'on attend de moi", nous expliquait Lara Gasparotto lors d'une précédente entrevue. Le nouvel accrochage du Botanique allait-il confirmer cette confession intime faisant l'apologie d'un processus erratique? Rien ne le présupposait tant est importante la pression qui pèse sur les épaules de cette photographe de 28 ans qui a rapidement été promue "regard prometteur". Rien de pire qu'être attendue au tournant et d'avoir à s'accommoder d'un chemin ténu. Pour elle, la justesse est un étroit passage entre le néant de la répétition et le vide de la vanité. Dès les premiers pas dans la Galerie du Botanique on comprend que la jeune femme est restée cette funambule qui progresse sur le fil des images. C'est avec bonheur que l'on renoue avec son écriture photographique. Avec joie que l'on retrouve sa tribu de jeunes adultes insoumis aux lois du marché. À dire vrai, on envie leur fureur de vivre, leurs existences souvent décousues, parfois déchirées. On pense à cette composition quasi dramatique d'un lit défait sur lequel un garçon a enlacé une jeune fille. Pris de haut, le cliché laisse également apparaître un second personnage féminin en position foetale. Le drapé, les corps, les ombres, les fringues, la pauvre canette de Jupiler... Tout respire l'intensité d'une vida loca locale. L'exposition tout entière qui donne à voir de nombreuses photographies possède un aspect chaotique épousant à la perfection l'approche de Gasparotto. Certains murs ressemblent à ces chambres d'adolescents où un kaléidoscope visuel permet d'échapper à la banalité de la vie familiale. Ce frisson de quelque chose de "plus grand" que la vie traverse Come Dawn to Us. L'historien de la photographie Michel Poivert y voit "une forme chamanique", une capacité à mettre au jour "les traces d'un sacré". On le sait, le travail de l'intéressée est sans artifices -pas de mises en scène et très peu de retouches-, "je me permets parfois de pousser les couleurs", nous confiait-elle. Cette profession de foi qui date de la publication de son ouvrage Ask the Dusk est toujours d'application. Le fait est troublant car certains tirages évoquent un pictorialisme affirmé. Ainsi de cette silhouette qui se découpe sur fond de porte entrebâillée -l'image a d'ailleurs été choisie pour servir d'affiche à l'événement. Ombre tremblée sur fond orange, les contours évoquent la palette chromatique pré-fauve d'un Félix Vallotton. Le rendu de l'agencement est brûlant, il suggère une intimité inouïe. On retrouve cet effet adoucissant sur le détail d'une autre image: l'on croit apercevoir des traits de crayons sur le minois félin d'un sujet. Là, le grain du papier est carrément épais, il évoque la peinture classique des Pays-Bas. Mais Lara Gasparotto ne se laisse pas enfermer par ces convergences esthétisantes. Ailleurs l'oeil sanglant d'une madone contemporaine rappelle le cinabre des lèvres. Le tout marqué d'un coup de flash acide. Il est celui d'une photographe qui ne (se) refuse rien.