Né en 1960 à Londres, Bertie Marshall publiait en 2006 ses mémoires: Berlin Bromley. Il y retraçait la transformation de Bertie, adolescent anxieux, androgyne et déprimé en Berlin, jeune homme qui rejetterait les valeurs de banlieue et deviendrait l'un des membres fondateurs du Bromley Contingent. Pour ceux qui ne sont pas fans de crêtes, de crachats et d'épingles à nourrice, le Bromley Contingent est ce groupe d'excentriques qui fréquentaient les clubs underground de Londres et les concerts des Sex Pistols avant qu'ils soient signés par une maison de disques, qu'ils se fassent rema...

Né en 1960 à Londres, Bertie Marshall publiait en 2006 ses mémoires: Berlin Bromley. Il y retraçait la transformation de Bertie, adolescent anxieux, androgyne et déprimé en Berlin, jeune homme qui rejetterait les valeurs de banlieue et deviendrait l'un des membres fondateurs du Bromley Contingent. Pour ceux qui ne sont pas fans de crêtes, de crachats et d'épingles à nourrice, le Bromley Contingent est ce groupe d'excentriques qui fréquentaient les clubs underground de Londres et les concerts des Sex Pistols avant qu'ils soient signés par une maison de disques, qu'ils se fassent remarquer dans le Bill Grundy Show et que les médias véhiculent par la suite une image bien trop caricaturale à leurs yeux de la scène punk. À côté de Siouxsie Sioux et de Steven Severin (Siouxsie and the Banshees), de Billy Idol et de Tony James (Generation X) ou encore de Marco Pirroni (futur guitariste d'Adam and the Ants), il y avait donc Bertie. Marshall, une quinzaine d'années à l'époque, s'intéresse à la poésie, à la performance et fonde au début des eighties le groupe Behaviour Red. Ils sortent un single Ke Ke Ke Ke Ke Ya joué par John Peel et vendu à 300 exemplaires. Un morceau tribal et hurlant, un cri post-punk de la jungle, qui, pour la petite histoire, lui a rapporté 900 balles après avoir été utilisé dans une publicité hollandaise pour du dentifrice. C'est ce morceau enregistré avec Noel Blandon de Normil Hawaiians aux percussions (on retrouve aussi plus loin sa Face B: le calme, froid et doux Offerings) qui ouvre Exhibit. Première compilation de ces chansons et de ces pistes de spoken word enregistrées dans les années 80 et 90 par ce beautiful weirdo. Quand le groupe s'est séparé, Marshall a continué à tracer son chemin et à enregistrer des compositions lugubres et incantatoires. Il s'est intéressé à la poésie performance, a joué ses propres pièces de théâtre et a commencé à écrire des livres, dont le roman Psychoboys en 1997. C'est pourtant surtout une voix assez irréelle qui fascine sur ces treize titres d'outre-tombe. Des morceaux de sauvages urbains. Industriels, flippants et funestes. Post-punk? Gothic folk? Cabaret occulte? L'univers est dark et expérimental. Il y a du Nick Cave, du Suicide, du Velvet et des clochettes dans cette poignée de trésors cachés au fond d'un caveau. Un petit côté Movie Star Junkies aussi pour Shaking Johnny. Magie, vaudou, héroïne et maquillage... Marshall, c'est un enfant de Bowie, de Roxy Music et d' Orange mécanique. De Patti Smith, Alice Cooper, Nico et Yoko Ono. Le rampant St Mar et l'obsédant Authoress, titre vrillé qui commence en français, figurent parmi les meilleurs moments de cette géniale étrangeté. Souvent lu (dans la communauté anglophone tout du moins), Bertie Marshall pourra maintenant être écouté. Un plaisir à recommander. Parfait pour accompagner vos promenades nocturnes d'Halloween.