Quelques mois à peine après la parution d'un coffret Claude Chabrol, suspense au féminin rassemblant cinq films des années 90 et 2000, les éditions Carlotta remettent le couvert pour une triplette de longs métrages produits à la charnière des années 80 et 90 qui explorent, déjà, le versant féminin de l'un des piliers fondateurs de la Nouvelle Vague, peintre féroce de la société française se revendiquant d'un cinéma noir et populaire. Proposés pour la première fois en Blu-ray, les trois titres, édités séparément, y bénéficient d'une nouvelle restauration 4K et s'y accompagnent à chaque fois de généreux supplémen...

Quelques mois à peine après la parution d'un coffret Claude Chabrol, suspense au féminin rassemblant cinq films des années 90 et 2000, les éditions Carlotta remettent le couvert pour une triplette de longs métrages produits à la charnière des années 80 et 90 qui explorent, déjà, le versant féminin de l'un des piliers fondateurs de la Nouvelle Vague, peintre féroce de la société française se revendiquant d'un cinéma noir et populaire. Proposés pour la première fois en Blu-ray, les trois titres, édités séparément, y bénéficient d'une nouvelle restauration 4K et s'y accompagnent à chaque fois de généreux suppléments. Présenté pour la première fois à la Mostra de Venise en 1988, d'où Isabelle Huppert était repartie avec le Prix d'interprétation, Une affaire de femmes s'inspire lointainement de l'histoire vraie d'une des dernières femmes à avoir été guillotinées en France. Situant son action sous le régime de Vichy, il fait le portrait d'une mère de famille à la peau dure qui s'improvise faiseuse d'anges, activité qui lui rapporte de l'argent et l'aide à s'extraire de sa condition. C'est l'histoire d'une vie modeste, étriquée, au sein de laquelle naissent de nouvelles aspirations, mais aussi celle d'une quête farouche d'émancipation qui ne semble connaître ni limite morale ni limite légale. Femme adultère et, en un sens, bovaryste avant l'heure, cette risque-tout ambiguë, aveuglée par ses propres contradictions, est aussi la victime de tout un système, qui façonne les désirs autant qu'il les condamne. Trois ans plus tard, Claude Chabrol s'attaque à l'un des grands projets de sa vie de cinéaste: l'adaptation de Madame Bovary, qu'il chérit depuis toujours. D'une fidélité absolue au roman, Chabrol, c'est évident, est né pour transposer Flaubert, et Huppert se montre aussi à l'aise dans le registre du détachement intérieur de la femme mal mariée que dans celui de l'illusion de la passion dévorante. Pourtant, on regrette la trop grande déférence que le cinéaste semble vouloir manifester. Distante et empesée à la fois, portée par une voix off un peu poussiéreuse, cette adaptation apparaît moins incisive mais aussi moins moderne dans l'esprit que ce à quoi Chabrol et son ironie caustique ont pu nous habituer.Sorti un an plus tard, Betty adapte pour sa part Simenon et fait le portrait d'une alcoolique au fond du trou, hantée par son passé et ses obsessions intimes. Procédant par allers-retours soudains, et assez virtuoses, sur la ligne du temps, Chabrol s'y penche sur la marge, le caniveau, la face la plus obscure de ce qui l'intéressait bien sûr par-dessus tout: la bourgeoisie, son bonheur en toc, son ennui profond, ses grands airs fatigués, ses pitoyables conventions. Offrant à Marie Trintignant l'un de ses meilleurs rôles à l'écran, un film admirable de justesse et de précision. Magnifique.