C'est un générique de dessin animé qui a marqué, voire angoissé, plusieurs générations. Lancé en 1978, Il était une fois l'Homme, débute avec le big bang, sur fond de Toccata et fugue en ré mineur de Bach. Après avoir déplié toute l'Histoire de l'humanité, il se termine par une foule en panique, courant vers une fusée. Quand celle-ci décolle, grillant la plupart des fuyards, elle quitte la Terre. Quelques secondes plus tard, la planète explose. Ambiance... Quarante ans plus tard, la Terre craquelle, grince, mais tient bon. Le scénario du pire n'en reste pas moins d'actualité. Alors pourquoi attendre? C'est un peu l'état d'esprit...

C'est un générique de dessin animé qui a marqué, voire angoissé, plusieurs générations. Lancé en 1978, Il était une fois l'Homme, débute avec le big bang, sur fond de Toccata et fugue en ré mineur de Bach. Après avoir déplié toute l'Histoire de l'humanité, il se termine par une foule en panique, courant vers une fusée. Quand celle-ci décolle, grillant la plupart des fuyards, elle quitte la Terre. Quelques secondes plus tard, la planète explose. Ambiance... Quarante ans plus tard, la Terre craquelle, grince, mais tient bon. Le scénario du pire n'en reste pas moins d'actualité. Alors pourquoi attendre? C'est un peu l'état d'esprit qui anime le collectif Catastrophe. La première fois qu'il est sorti du bois, c'était en septembre 2016, sous la forme d'une tribune publiée dans Libération. Il s'agissait alors d'une tentative de rébellion contre le cynisme et le défaitisme ambiant, une mise en avant du pouvoir de l'imaginaire. " Puisque tout est fini, alors tout est permis", lançait le collectif, formé d'une quinzaine "d'individus de moins de 30 ans", jeunes diplômés, artistes, et autres intellos "précaires"... Un appel plus poétique que vraiment politique. Ce qui ne manquera d'ailleurs pas d'agacer certains, parlant de post-situationnisme ultra-light. Eux s'en foutent. Et font. Des livres - La nuit est encore jeune, manifeste paru en septembre dernier chez Pauvert. Ou encore de la musique. Après une série de singles ( Party in my Pussy), qui ont attiré l'attention d'un Étienne Daho, voici donc l'album qui paraît sur Tricatel, le label de Bertrand Burgalat. " Catastrophe se produit la nuit et ne fait jamais deux fois la même chose", est-il annoncé au fronton du collectif. De fait, musicalement, voilà un disque nocturne, qui part dans tous les sens, clamant haut et fort son côté foutraque, mais sincère, revendiquant son " droit à l'erreur". Attendez-vous donc à le trouver tour à tour, et selon votre humeur du jour, touchant, irritant, euphorisant, prétentieux, audacieux. Mais en tout cas jamais réellement ennuyeux. Album choral, La nuit est encore jeune se balade essentiellement entre chanson seventies et soft rock ( Perspectives, comme une version parallèle du New York, I Love You... de LCD Soundsystem), tout en osant des accents plus lyriques ( L'Innocence), cabaret ( Bebop Record), du parlando de bout de nuit ( À cet instant, Phoenix), voire du rap cotonneux ( Virtual Experience)... Ici, " l'amour est tout nu", insiste le collectif. Ce qui pourrait le poser, alors que l'on s'apprête à commémorer les 50 ans de Mai 68, comme une bande d'idéalistes un peu candides. Sauf que, comme à la fin des seventies, quand Albert Barillé créait Il était une fois l'Homme, l'utopie est déjà morte -celle du Web, qui aurait dû porter cette génération, a fait long feu, créant finalement moins de ponts que de nouvelles formes de repli. Aujourd'hui, la fusée a déjà décollé. La planète, telle qu'on la connaît, implosé. La page est vierge. Au début du disque, une voix féminine peut ainsi annoncer: " Nous ne saurons jamais comment vivre, mais nous y mettrons toutes nos forces"...