L'éditeur français Carlotta maintient ses standards élevés avec la sortie, en version restaurée accompagnée d'intéressants suppléments, de trois films italiens méritant assurément une réédition. Federico Fellini est présent avec un de ses films les plus étranges. Ce Casanova de 1976 auquel il associe son nom comme pour s'approprier la mémoire du séducteur dont il adapte -très librement- l'Histoire de ma vie. Son regard sur cette personnalité emblématique du XVIIIe siècle est dur, qui souligne son égoïsme et son infantilisme. Entièrement tourné en studio, le film est à la fois brilla...

L'éditeur français Carlotta maintient ses standards élevés avec la sortie, en version restaurée accompagnée d'intéressants suppléments, de trois films italiens méritant assurément une réédition. Federico Fellini est présent avec un de ses films les plus étranges. Ce Casanova de 1976 auquel il associe son nom comme pour s'approprier la mémoire du séducteur dont il adapte -très librement- l'Histoire de ma vie. Son regard sur cette personnalité emblématique du XVIIIe siècle est dur, qui souligne son égoïsme et son infantilisme. Entièrement tourné en studio, le film est à la fois brillamment baroque et profondément mélancolique, lugubre et festif, constamment hanté par le sexe et la mort. Donald Sutherland y campe Casanova. Un des bonus nous révèle que, ne parvenant pas à savoir ce que Fellini voulait de lui, l'acteur finit par faire en courant, chaque matin, la dizaine de kilomètres séparant son hôtel de Cinecittà, pour que sa fatigue soit celle du personnage... De Lina Wertmüller, la réalisatrice de Film d'amour et d'anarchie (1973), nous pouvons savourer un film tourné l'année suivante et avec le même duo de comédiens, Giancarlo Giannini et Mariangela Melato. Vers un destin insolite, sur les flots bleus de l'été réunit sur une île déserteune grande bourgeoise etun prolétaire, pour un jeu où les rapports de pouvoir s'inversent et où l'amour peut faire rêver d'utopie. Mais le grand bonheur de l'ensemble est le retour du sublime et hilarant Il Mattatore de Dino Risi, beaucoup plus ancien que les deux autres. Il date de 1960, année magique durant laquelle sortent -excusez du peu!- La Dolce Vita de Fellini, Rocco et ses frères de Visconti et L'Avventura d'Antonioni. Moins prestigieuse, ce qu'on va bientôt reconnaître comme "la comédie à l'italienne" se met modestement en place. Mario Monicelli vient de faire s'envoler son Pigeon et Dino Risi signe l'autre film fondateur du genre. Il Mattatore (L'Homme aux cents visages en VF) raconte l'histoire d'un acteur médiocre devenu escroc de choc. Le portrait brillant d'un cabotin changeant constamment de look et d'accent pour inventer sa vie et détrousser des bourgeois tout en ridiculisant les figures de pouvoir que sont la police, l'armée, le clergé, le patronat. La satire se fait politique, mais surtout irrésistiblement drôle, faisant de l'arnaque une forme de théâtre et offrant à Vittorio Gassman un rôle polymorphe digne de son génie. Gassman auquel Fellini allait quelques années plus tard proposer des essais pour son Casanova...