Dès la page d'accueil, un article d'Étienne Hatt paru en 2014 dans Artpress annonce la couleur d'un talent en décalage: " Pierre Toussaint est anachronique. Il perpétue la tradition de la street photography plusieurs décennies après son heure de gloire. Il travaille en...

Dès la page d'accueil, un article d'Étienne Hatt paru en 2014 dans Artpress annonce la couleur d'un talent en décalage: " Pierre Toussaint est anachronique. Il perpétue la tradition de la street photography plusieurs décennies après son heure de gloire. Il travaille en argentique, au noir et blanc et réalise lui-même ses tirages dans son laboratoire." Aujourd'hui, Pierre Toussaint (1982) revient sur les lieux du crime puisqu'il s'expose à Contretype après y avoir laissé un beau souvenir en 2017. Si son site ne révèle qu'un mince teaser, un unique cliché, de Tel, la série donnée à voir, il est possible de parcourir le reste de son oeuvre. Tout commence avec les visages boursouflés de Sainte Catherine, parpaing sur la marge bruxelloise. Le noir et blanc y est douloureux comme la lame d'un couteau. Olaf, suite d'images qui ose la couleur, est carrément sublime, comprendre d'une beauté insoutenable. Le photographe creuse la même veine d'une vie sans toit ni loi mais avec un rendu chromatique évoquant le sacré. À partir de Métronome, l'oeuvre, découverte en remontant le cours des prises de vue, fait le choix de la métonymie. Ce qu'elle perd en évidence, elle le gagne en pouvoir de suggestion. Jusqu'à flirter avec cet idéal poétique d'épure, " un livre sur rien", énoncé par Flaubert dans une lettre de 1852.