Il est longiligne, un peu sévère de premier abord, et exsude la confiance en soi des gens bien-nés. Ou celle acquise par le succès. Pierre Lapointe se classe dans la deuxième catégorie. En Belgique, son nom fait plutôt écho à un lointain triomphe québécois, petite reconnaissance chez ceux qui aiment une autre chanson française. Au domicile canadien, ce grand garçon de bientôt 29 ans n'est rien moins ...

Il est longiligne, un peu sévère de premier abord, et exsude la confiance en soi des gens bien-nés. Ou celle acquise par le succès. Pierre Lapointe se classe dans la deuxième catégorie. En Belgique, son nom fait plutôt écho à un lointain triomphe québécois, petite reconnaissance chez ceux qui aiment une autre chanson française. Au domicile canadien, ce grand garçon de bientôt 29 ans n'est rien moins qu'une star empilant disques d'or et louanges critiques. Il est vrai aussi que depuis la glorieuse flambée des années 70 avec Charlebois ou Diane Dufresne, le Québec a du mal à exporter ses musiques, sauf dans la veine anglophone à la Arcade Fire, glorieuse formation américano-canadienne de Montréal. A l'été 2008, aux Francofolies de Montréal justement, on assiste à un spectacle de Lapointe donnant toute la (dé)mesure de ses ambitions. Mené à la manière d'une revue anglo-saxonne, Mutantès, raconte " l'histoire d'un mutant dans sa quête du bonheur". La salle de 3000 places -comble à 4 reprises- frémit devant ce catalogue baroque et futuriste où Lapointe dévoile une vingtaine de morceaux, la plupart inédits. Dans une esthétique qui rappelle les bleutés mystérieux de la tournée Diamond Dogs/Philly Sound du Bowie 1974-1975, le Québécois parcourt la scène, stimulé par ses chansons illuminées. Rencontré à l'occasion, il nous dit le sens de son travail: " J'ai longtemps été pris dans un discours où on était le peuple oppressé par les anglophones et cela a forgé ma façon d'être (...). Cela me paraît important d'avoir un sentiment nationaliste sans tomber dans le discours québécois typique." Atypique, sa musique l'est indéniablement, même si la distribution de ses disques en Belgique reste hasardeuse: après avoir sorti le superbe La forêt des mal-aimés en 2006 en y mettant un peu de résonance, Bang/Pias (les 2 labels ont désormais fusionné) n'a pas fait de véritable promo sur le Sentiments humains paru en avril 2009 au Québec. Confirmant qu'entre nos 2 bouts de francophonie, il reste plus qu'un océan de distance. En concert le 21 mars au Botanique à Bruxelles, www.botanique.be Ph.C.