Sans complaisance, taillées à la serpe, radicales... Tels sont les commentaires qui viennent spontanément à l'esprit devant les photographies dégraissées de Balthasar Burkhard (1944-2010). Ces impressions s'imposent d'emblée au regard. Il suffit pour cela d'envisager les trois autoportraits fragmentés qui ouvrent le parcours de l'exposition du Botanique. Le Suisse donne à voir sa peau tourmentée. L'oeil, le front, les...

Sans complaisance, taillées à la serpe, radicales... Tels sont les commentaires qui viennent spontanément à l'esprit devant les photographies dégraissées de Balthasar Burkhard (1944-2010). Ces impressions s'imposent d'emblée au regard. Il suffit pour cela d'envisager les trois autoportraits fragmentés qui ouvrent le parcours de l'exposition du Botanique. Le Suisse donne à voir sa peau tourmentée. L'oeil, le front, les cheveux s'offrent sans plus d'émotion que de fard. On s'en doute en les contemplant: une double révolution esthétique est passée sur ces prises de vues. Derrière les clichés en noir et blanc, deux influences majeures. D'abord, celle du réalisateur Kurt Blum (1922-2005), celui-là même à qui l'on doit de nombreux portraits d'artistes mais également le fascinant documentaire L'uomo, il fuoco, il ferro (1960), plongée fascinante au coeur des aciéries italiennes. De Blum, le natif de Berne retient la retenue et un certain aplatissement psychologique du sujet. Ensuite, c'est l'ombre d'Harald Szeemann (1933-2005) qui plane sur l'oeuvre de Burkhard. On le sait, le célèbre commissaire d'exposition a bouleversé l'Histoire de l'art à travers des propositions -notamment When Attitudes Become Form- ayant catalysé une véritable révolution esthétique marquée par une défiance envers l'image et "l'oeuvre". Que son appareil capte des corps-sculptures, des paysages, des vues aériennes, des villes tentaculaires, des animaux, des ailes de faucon, voire un sexe féminin qui renvoie directement à Courbet, l'Helvète opère une fascinante uniformisation du vivant. Derrière le foisonnement, Burkhard perçoit la structure, un identique articulé à travers les subtiles nuances qui séparent le blanc du noir. Enfin, une réjouissante section de l'accrochage révèle des photographies retraçant la rupture artistique initiée par Szeemann. On y reconnaît James Lee Byars, Joseph Beuys et Boltanski. Sans oublier Broodthaers, dont le visage va comme un gant à l'ascèce visuelle de Burkhard.