Les questions de société ont toujours intéressé Philippe Faucon. La condition féminine dans les cités de banlieue ( Samia), les rapports entre juifs et musulmans en France ( Dans la vie), la guerre d'Algérie ( La Trahison), l'ont notamment inspiré pour des films toujours courageux, inégaux dans la forme et parfois démonstratifs mais cherchant à voir juste, par delà les réponses faciles et le manichéisme. " Quand j'ai proposé le scénario de La Désintégration , personne n'en a...

Les questions de société ont toujours intéressé Philippe Faucon. La condition féminine dans les cités de banlieue ( Samia), les rapports entre juifs et musulmans en France ( Dans la vie), la guerre d'Algérie ( La Trahison), l'ont notamment inspiré pour des films toujours courageux, inégaux dans la forme et parfois démonstratifs mais cherchant à voir juste, par delà les réponses faciles et le manichéisme. " Quand j'ai proposé le scénario de La Désintégration , personne n'en a voulu au départ, la frilosité était générale tant chez les producteurs que dans les différentes commissions..." Il faut dire qu'en France comme chez nous, la radicalisation de jeunes musulmans séduits par l'islamisme intolérant, voire violent, reste " un sujet qui pose problème, et qu'on préfère occulter, par peur, par lâcheté, ou par souci de ne pas être piégé, récupéré par quelque discours simplificateur". " Il a fallu que dans les commissions se trouvent des gens plus courageux, prêts à courir un risque, pour que nous puissions rassembler un financement très modeste mais permettant de faire le film, avec un tournage raccourci", explique un Faucon que n'a jamais quitté " le souci de ne pas asséner des réponses mais de poser des questions, pour provoquer la réflexion, pour que le spectateur sorte de la projection en emportant dans sa tête quelque chose qui le travaille. " Le film suit plusieurs jeunes tombant sous l'influence d'un extrémiste adroit dans la manipulation. Mais le personnage se détachant le plus est celui joué par Rashid Debbouze (le frère de Jamel), un jeune homme basculant alors qu'il était proche de trouver sa place dans la société, n'eût été la discrimination à l'embauche dont il se sent (et dont il est) victime. " Un des acteurs a une bonne formule: "L'arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse." Un jeune qui se fait "retourner la tête", comme on dit dans les quartiers, attire plus l'attention que tous ceux qui trouvent un travail, fondent une famille, réussissent malgré les handicaps qu'ils peuvent avoir au départ..." Le réalisateur se refuse à considérer l'intégration comme un échec, mais il épingle " certaines défaillances des modèles sociaux, ouvrant un vide que peut venir très vite combler un discours identitaire extrême, confortant certains jeunes dans le sentiment d'un rejet que les tenants de ce discours exploitent. Tous les jeunes acteurs du film connaissent dans leur entourage quelqu'un qui vit ce repli autiste, en n'allant pas forcément vers la violence directe, le terrorisme, comme les garçons du film, mais en modifiant sa manière de vivre pour s'enfermer dans un communautarisme aveugle à ce qui n'est pas soi-même..." l u LA DÉSINTÉGRATION. DE PHILIPPE FAUCON. AVEC RASHID DEBBOUZE, YASSINE AZZOUZ, YMANOL PERSET. 1 H 18. SORTIE: 20/06. ** LOUIS DANVERS