C'était il y a un an. Le 21 juillet 2017, Anne Dufourmantelle trouvait la mort dans la mer Méditerranée en sauvant deux enfants d'une noyade annoncée. Anne Dufourmantelle avait 53 ans. Philosophe et psychanalyste, elle avait signé jusque-là des essais formidables et vivifiants comme La Femme et le Sacrifice, Puissance de la douceur, Éloge du risque, En cas d'amour. Frédéric Boyer...

C'était il y a un an. Le 21 juillet 2017, Anne Dufourmantelle trouvait la mort dans la mer Méditerranée en sauvant deux enfants d'une noyade annoncée. Anne Dufourmantelle avait 53 ans. Philosophe et psychanalyste, elle avait signé jusque-là des essais formidables et vivifiants comme La Femme et le Sacrifice, Puissance de la douceur, Éloge du risque, En cas d'amour. Frédéric Boyer l'aimait (écrivain, éditeur, il est celui qui vient de prendre la succession de Paul Otchakovsky-Laurens à la tête des éditions POL). Les jours, les semaines qui suivent l'accident, il écrit trois textes très brefs, à la croisée de la poésie et de la prose. " Trois textes précipités face à une chose monstrueuse, et jetés dans le temps." La séparation, la soudaineté, l'inconnaissable de la nuit, l'infini du chagrin, la puissance inexplicable d'un grand amour, aussi: chacune des phrases du recueil est la concrétion des pensées et des images qui traversent Boyer alors qu'il est celui qui continue, celui qui reste avec l'existence, témoin à jamais de leur rencontre. À chaque page, la tentative éperdue de poursuivre un dialogue avec "A." amenuise les raisons voulant que la mort soit nettement départagée de la vie. " J'espère malgré tout que nous pourrons avoir de temps en temps des nouvelles l'un de l'autre. Mais ce n'est pas certain, tu t'en doutes, n'est-ce pas? Par un retournement étrange, souvent, la pensée de la séparation n'éveille en nous que davantage d'attachement. Un bref instant dans lequel disparaissent tous les autres possibles mondes." Les pages se tournent dans un sentiment de profondeur, de mystère et d'impensable. À lire ce texte d'une telle beauté -geste élégiaque d'amour et de chagrin qui traverse les temps, beauté de l'au-delà-, on est soudain moins seuls à avoir perdu, à perdre bientôt. " Sauf imprévu nous nous reverrons dans mille ans."