Le soir est tombé sur Anvers en même temps qu'un léger crachin. Les lumières du très beau Théâtre Bourla font pleuvoir un peu d'or sur la Komedieplaats. Autour d'une pintje, nous retrouvons le grand Peter Van den Begin. Grand par la taille, mais aussi par le talent. Il sort d'une répétition de Risjaar Drei, une version très attendue du Richard III de Shakespeare (1). Mais c'est au cinéma que le comédien longiligne connaît son momentum, avec une prestation quatre étoiles dans Dode Hoek qui en suit (en quelques mois seulement) deux autres dans King of the Belgians et Everybody Happy. L'enthousiasme communicatif de Nabil Ben Yadir a eu tôt fait de l'embarquer dans un polar où il allie présence menaçante et talent pour accomplir un voyage existentiel intense. "Nabil est un passionné, il a l'énergie de la rue, en dix minutes j'étais convaincu, sans avoir rien lu!", se souvient l'acteur qui a été d'accord de jouer en partie en français "puisque le personnage est anversois et peut dès lors faire des erreurs de langue sans cesser d'être crédible". Van den Begin aime "les défis, les obstacles à surmonter, encore plus au théâtre, faire ce que j'ai déjà fait avant m'intéresse de moins en moins. J'aime chercher... On ne devient pas acteur pour jouer tout le temps la même chose (rire). Alors un rôle comme celui du flic dans Dode Hoek, c'est vraiment un cadeau!"

Le rêve du père

"Mon personnage, ce n'est pas ton ami. C'est un dur, pas sympa, mais il me fallait créer quelque chose pour que vers la fin du film, le public soit troublé, ému, par ce type si inquiétant au départ." Pari réussi pour un interprète au registre aussi impressionnant que sa pure présence, tant scénique qu'à l'écran, promet à une reconnaissance internationale prochaine. Peter se dit à ce propos qu'il devrait travailler davantage son français et son anglais, conscient "qu'une opportunité se présentera sans doute, et qu'il faudra la saisir, même si c'est difficile..." Devenir comédien était une évidence pour un gamin qui voyait son père, fleuriste de profession, monter chaque week-end ou presque sur les planches en amateur fervent. "J'ai un peu réalisé son rêve... ", déclare, songeur, celui qui assume pleinement dans Dode Hoek "le mélange de polar noir et de reflet d'une réalité qui n'est pas seulement celle de la Flandre mais aussi de la France, de l'Amérique". "Ça donne à réfléchir, à se demander dans quelle époque bizarre nous vivons aujourd'hui. Mes enfants ont peur de prendre l'avion, et ma fille de huit ans fait des cauchemars où Daech fait sauter son école... Aux Golden Globes, Meryl Streep fait un speech contre Trump et lui l'insulte sur les réseaux sociaux en la traitant d'actrice ratée... Le monde est devenu fou!"

(1) À VOIR D'ABORD À ANVERS PUIS À BRUXELLES, AU KVS, LES 2 ET 3 MARS.

L.D.