Les deux pièces en enfilade du Salon d'Art réservent toujours d'excellentes surprises. L'exposition consacrée à Stefan de Jaeger (Bruxelles, 1957) n'échappe pas à la règle, même si sa séduction est plus retorse. Plasticien ayant fait ses débuts dans la vidéo, de Jaeger a connu le succès dans les années 80 à travers un certain usage de la photographie instantanée, à partir d'appareils de type Polar...

Les deux pièces en enfilade du Salon d'Art réservent toujours d'excellentes surprises. L'exposition consacrée à Stefan de Jaeger (Bruxelles, 1957) n'échappe pas à la règle, même si sa séduction est plus retorse. Plasticien ayant fait ses débuts dans la vidéo, de Jaeger a connu le succès dans les années 80 à travers un certain usage de la photographie instantanée, à partir d'appareils de type Polaroid, débouchant sur de grandes compositions aux contours picturaux. Désormais derrière lui, cette pratique a cédé la place à ce qui vraisemblablement n'a jamais cessé de le travailler: le dur désir de peindre. Une oeuvre, Peanuts, condense en grand, peut-être plus que toutes les autres, cette profession de foi picturale. Posé sur un chevalet, sur lequel sommeillent des tubes écrasés, ce format imposant de 2 x 2,5 mètres résiste au langage, ce qui forcément nous contrarie. Et, forcément, ce qui contrarie vaut la peine que l'on s'y intéresse. Qu'en dire? Rien à proprement parler, tant il s'agit là d'une peinture qui échappe à toute assignation. Bien sûr, on pourrait délirer à coups d'onomatopées comme le fait très bien Stefan Liberski -dans un petit ouvrage ( Mon oeil!, paru à La Petite Pierre)- qui, à la liberté des formes et des couleurs, répond par celle d'une langue vidée de tout référent. Ou alors on aurait pu entonner un peu stupidement une ode à la couleur et à la joie. Refusant l'une et l'autre option, on en est réduit à regarder dans les yeux des toiles et des dessins qui se dérobent -bien sûr, nulle satisfaction dans le fait de repérer des échos, comme cette crudité du rose telle qu'elle se déploie par exemple chez Willem de Kooning. Du coup, on bute sur cette licence, ce refus de s'expliquer. Il reste que face à ce Citron, huile sur toile de 59 x 40 centimètres, force est de reconnaître que la peinture de de Jaeger "tient". Ce qui est déjà énorme.