La mort du King comme on ne l'a jamais vue. Un tanker tracté par des marins qui n'ont que leurs chaussures en tête. Une photo de groupe de 24 soldats élevés au rang de brigadiers. Des jeux. Des coloriages. Des anamorphoses cylindriques. La visite d'un lycée dans un centre d'art contemporain (avec de vraies photos dedans). Spider-man au cirque. Une grande cage avec des tigres pour remplacer une exposition de bande dessinée. Une anamorphose conique. Des drogués sur des chaises. Encore d'autres jeux. D'autres tigres. Encore Spi...

La mort du King comme on ne l'a jamais vue. Un tanker tracté par des marins qui n'ont que leurs chaussures en tête. Une photo de groupe de 24 soldats élevés au rang de brigadiers. Des jeux. Des coloriages. Des anamorphoses cylindriques. La visite d'un lycée dans un centre d'art contemporain (avec de vraies photos dedans). Spider-man au cirque. Une grande cage avec des tigres pour remplacer une exposition de bande dessinée. Une anamorphose conique. Des drogués sur des chaises. Encore d'autres jeux. D'autres tigres. Encore Spider-Man, qui se confronte cette fois -et en couleurs- à Daredevil. D'autres bricolages. D'autres bons mots. D'autres récits. Et plein d'autres " propositions graphiques" qui n'appartiennent qu'à Ruppert & Mulot, dont la pratique tient autant des arts plastiques que de la narration séquentielle. Pour son grand retour dans la collection Ciboulette de l'Association, quinze ans après y avoir publié leur premier album, Safari Monseigneur, le duo a choisi de compiler dix années de publications très diverses et en tout genre, créées pour des fanzines, des revues, des collectifs ou des événements, du simple dessin au récit plus long en passant par des jeux à découper (si vous avez le coeur d'abîmer le beau livre). Le tout n'a donc absolument ni queue ni tête, et pourtant, quand même, une extraordinaire cohérence. Depuis que Jérôme Mulot et Florent Ruppert se sont rencontrés sur les bancs de l'école nationale d'art de Dijon, les compères ont fait mieux que ne jamais se quitter: ils ont fusionné leurs techniques et leurs recherches plastiques, réalisant toujours à quatre mains leurs scénarios mêlant humour absurde, esprit français et héros pathétiques, et surtout leurs dessins, sans cesse portés vers l'expérimentation: personnages sans visage, ligne claire discontinue, phylactères en arborescence, approche purement plastique, jeux visuels, importance des compositions... Un univers intello, immédiatement reconnaissable et longtemps très alternatif, qui s'est essayé ces dernières années à la bande dessinée plus mainstream (tout est relatif), soit en compagnie de Bastien Vivès ( La Grande Odalisque, Olympia), soit avec Olivier Schrauwen (extraordinaire Portrait d'un buveur), soit à nouveau en seul duo ( La Technique du périné), mais toujours chez Dupuis. La compilation de leurs Petits Boloss prouve en tout cas que Ruppert & Mulot n'ont jamais perdu le chemin de la maison, et que l'expérimentation artistique, même mêlée d'humour bien con, reste la pierre angulaire de leur parcours, aussi singulier que leurs BD.