Si le talent, selon la formule consacrée, n'attend pas le nombre des années, il ne faiblit pas forcément avec l'âge. Que du contraire, souvent! A l'heure où sort le nouveau film de Bertrand Blier et où Claude Lelouch est l'invité d'honneur des Brussels Movie Days, il nous a semblé intéressant de faire le point sur quelques trajectoires de vétérans toujours actifs, et de les situer en fonction de leur niveau de crédibilité et de radotage. Outre bien sûr ce centenaire toujours vert qu'est Manoel de Oliveira, on aurait pu ajouter à cette liste un Jean-Luc Godard (80 ans en décembre), un Jean-Pierre Mocky (81 ans depuis juillet) ou un Monte Hellman (78 ans depuis le même mois). Mais les £uvres récentes du premier comme du deuxième -surtout- ne connaissent plus qu'un écho restreint. Quant au troisième, le film qu'il présente au Festival de Venise ( Road To Nowhere) e...

Si le talent, selon la formule consacrée, n'attend pas le nombre des années, il ne faiblit pas forcément avec l'âge. Que du contraire, souvent! A l'heure où sort le nouveau film de Bertrand Blier et où Claude Lelouch est l'invité d'honneur des Brussels Movie Days, il nous a semblé intéressant de faire le point sur quelques trajectoires de vétérans toujours actifs, et de les situer en fonction de leur niveau de crédibilité et de radotage. Outre bien sûr ce centenaire toujours vert qu'est Manoel de Oliveira, on aurait pu ajouter à cette liste un Jean-Luc Godard (80 ans en décembre), un Jean-Pierre Mocky (81 ans depuis juillet) ou un Monte Hellman (78 ans depuis le même mois). Mais les £uvres récentes du premier comme du deuxième -surtout- ne connaissent plus qu'un écho restreint. Quant au troisième, le film qu'il présente au Festival de Venise ( Road To Nowhere) est sa première réalisation à faire l'événement depuis... une bonne vingtaine d'années. Un homme et une femme lui a valu reconnaissance et succès. Et puis, rapidement, ses ambitions de films populaires nourris aux grands sentiments ont divisé public (qui aimait) et critique (qui détestait). Aujourd'hui, les spectateurs ont déserté celui qu'ils adulaient jusqu'au début des nineties, et dont la production n'a pas évité un ressassement pénible. Mais ce grand passionné du 7e art qu'est Claude Lelouch continue de filmer, à presque 73 ans. Son nouveau film, Ces amours-là, est dévoilé aux Brussels Movie Days. Un cancer s'invite chez un artiste alcoolique dans Le Bruit des glaçons, le nouveau film du cinéaste des Valseuses et de Buffet froid. Désormais septuagénaire, Blier veut regarder en face cette mort à laquelle il fait un assez joli pied de nez. Mais l'impression de crise créative marquant la plupart de ses réalisa-tions depuis le milieu des années 90 ne se dissipe pas. L'auteur qu'est Blier aurait-il épuisé trop tôt une matrice obsessionnelle dont ses premières £uvres avaient exploré le potentiel de si fulgurante façon? Certes, l'ami Woody n'a sans doute plus la verve de la grande époque, celles des années 70 et 80. Mais il a su rester prolifique tout en offrant à son fidèle public de belles surprises. Comme ce Match Point de 2006, son meilleur film depuis Crimes And Misdemeanors (1989). Allen a su se ressourcer en quittant son Manhattan de chevet pour la Grande-Bretagne, l'Espagne et aujourd'hui Paris où il vient de tourner. Certes, à 75 ans, sa production est inégale. Mais ne l'était-elle pas déjà depuis plus d'une décennie? A 80 ans bien sonnés, l'ex-interprète de l'Homme Sans Nom et de l'inspecteur Harry conserve un rythme de travail et un niveau artistique des plus impres-sionnants. Le réalisateur de Bird, Unforgiven, Mystic River et autre Million Dollar Baby a vu son classicisme épuré reconnu par la critique la plus exigeante. Et ceci tout en gardant les suffrages du public. Son diptyque sur la guerre du Pacifique et le désarmant Gran Torino sont encore venus prouver tout récemment qu'il reste au sommet de son art. Même hantés par l'approche de la mort, ses Herbes folles de 2009 et ses C£urs de 2006 sont des films pleins de vie, d'invention, d'imaginaire et d'émotion. Bref de tout ce qui fait la grandeur et la beauté du cinéma. Frêle jeune homme de... 88 ans, celui qui marqua l'avènement du cinéma dit moderne au tournant des années 50 et 60 (avec Hiroshima mon amour et L'Année dernière à Marienbad) plaide avec éloquence pour l'hypothèse d'une éternelle jeunesse... Plutôt que de se transformer en (très bon) fabricant de films dans la norme hollywoodienne comme son cadet (de 3 ans) Scorsese, le réalisateur des Parrain et d' Apocalypse Now a choisi la voie d'une marginalité assumée. Tournant avec de très petits budgets en Roumanie ( Youth Without Youth) puis en Argentine ( Tetro), il a déserté l'industrie du film depuis 1997 et The Rain Maker, pour renouer -fort joliment- avec ses ambitions expérimentales de One From The Heart (1982). C'est le plus "jeune" des vétérans, avec ses 68 ans, mais le formidable réalisateur de Mean Streets, Taxi Driver et autre Raging Bull n'en semble pas moins dans une certaine impasse créative. Son dernier grand film, Goodfellas, date de 1990, et son plus récent, Shutter Island, est peut-être sa moins convaincante réalisation... Le cinéma de genre (mais peu travaillé) ou les "remakes" ( Departed) sont-ils plus qu'un refuge pour ce très grand cinéaste en perte de mordant? Textes Louis Danvers