Et si le berceau de la bande dessinée n'était ni franco-belge, ni japonais et encore moins américain, mais bien chinois? Poser la question, c'est un peu y répondre, surtout après avoir visité l'expo-événement qui vient de s'ouvrir, et pour sept mois, au Centre Belge de la Bande Dessinée: un ambitieux Panorama de la BD chinoise qui retrace cent ans de manhua, mot généralis...

Et si le berceau de la bande dessinée n'était ni franco-belge, ni japonais et encore moins américain, mais bien chinois? Poser la question, c'est un peu y répondre, surtout après avoir visité l'expo-événement qui vient de s'ouvrir, et pour sept mois, au Centre Belge de la Bande Dessinée: un ambitieux Panorama de la BD chinoise qui retrace cent ans de manhua, mot généraliste qui désigne là-bas tout récit illustré, de la bande dessinée au dessin animé en passant par le livre ou le dessin de presse. Sans remonter au plus ancien livre illustré datant de 868, l'expo, dans sa partie réalisée par le CBBD lui-même, après moult voyages réalisés sur place, revient ainsi aux origines d'une BD étrangement proche d'une certaine ligne claire, entre autres incarnée par le personnage de San Mao, créé par Zhang Leping en 1935 -l'année ou Hergé éditera, lui, Le Lotus Bleu, à l'esthétique visiblement influencée, et pour longtemps, par son sujet. Autre curiosité à ne pas manquer, quelques lianhuanhua, ou " images enchaînées", ces fascicules en petit format qui régnèrent sur le genre pendant près de 40 ans, et dont Mao fera son principal instrument pour l'édification des masses à la pensée communiste: des petits livres souvent mal imprimés, mais tirés au minimum à... 600 000 exemplaires et recelant quelques trésors. Moins passionnante, et nettement plus propagandiste, la deuxième partie de l'expo, mise en place directement par le Ministère de la Culture chinois, propose un panorama de la BD contemporaine découpé en genre. Une formidable opération de com' pour la culture et la BD chinoise, mais aussi pour le CBBD, qui espère bien ainsi faire grimper le pourcentage de ses visiteurs chinois -à peu près 5 % du public aujourd'hui.