DE APICHATPONG WEERASETHAKUL. AVEC THANAT SAISAYMAR, JENJIRA PONGPAS, SADKA KAEBUADEE. 1 H 53. DIST: MELIMEDIAS.Sans être un inconnu à Cannes -il y avait obtenu le prix Un Certain Regard, en 2002, pour Blissfully Yours, et celui du Jury, en 2004, pour Tropical Malady- , Apichatpong Weer...

DE APICHATPONG WEERASETHAKUL. AVEC THANAT SAISAYMAR, JENJIRA PONGPAS, SADKA KAEBUADEE. 1 H 53. DIST: MELIMEDIAS.Sans être un inconnu à Cannes -il y avait obtenu le prix Un Certain Regard, en 2002, pour Blissfully Yours, et celui du Jury, en 2004, pour Tropical Malady- , Apichatpong Weerasethakul aura déjoué tous les pronostics en y remportant, en mai dernier, la Palme d'or avec Uncle Boonmee, assurément l'une des distinctions les plus audacieuses de l'histoire du festival. On ne hurlera pas pour autant au scandale, tant les qualités de ce film sont manifestes -soit celles d'une aventure sensorielle ouvrant sur des mondes insoupçonnés. Placé d'entrée de jeu sous le signe d'une étrangeté bienveillante, Uncle Boonmee raconte l'histoire d'un homme qui, se sachant condamné, part retrouver les siens au nord de la Thaïlande, afin d'y faire le compte de ses vies antérieures. Une entreprise qui le conduira bientôt au c£ur de la jungle, jusqu'à une grotte aux allures de matrice originelle. Se détournant des schémas de narration classique, Apichatpong Weerasethakul signe un film aussi mystérieux qu'envoûtant, déflorant un espace où il est question de migration des âmes comme de réincarnation, parmi d'autres composantes d'un ailleurs irrigué à grands flots d'inspiration. Cet univers-là est aussi celui de fulgurances visuelles, comme de possibles merveilleux; ainsi, par exemple, lorsqu'une princesse s'y accouple avec un poisson-chat, en un sommet de poésie. De quoi, en tout état de cause, ravir les spectateurs aventureux. Un bonheur venant rarement seul, ce fascinant voyage hors des sentiers battus du Septième art se voit complété de passionnants bonus. Parmi ceux-là, une interview du réalisateur qui, s'il se garde bien d'expliciter son film, n'en donne pas moins diverses clés -esthétiques, notamment, lorsqu'il raconte avoir adopté un style différent pour chaque bobine-, tout en articulant son attachement au cinéma expérimental. S'y ajoutent de nombreuses scènes coupées, de même qu'un court métrage en forme de lecture aux contours politiques plus marqués de cette même histoire, Lettre à Oncle Boonmee. JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS