"Song for Alpha"

Dès son premier album, Daniel Avery a frappé fort. Il y a cinq ans, le Londonien sortait Drone Logic, disque qui tapait dans la techno avec une vraie gourmandise, en multipliant les clins d'oeil à la culture rave et au son des nineties. Ce n'était ni du revivalisme, pas davantage une fuite en avant: juste l'idée que la musique électronique avait toujours des choses à dire, en rappelant qu'elle pouvait être à la fois cérébrale et dansante. Comme le proclamait à l'époque Avery lui-même, le décor de Drone Logic était celui d'un club, et de corps en mouvement. Une question de background certainement: longtemps immergé d...

Dès son premier album, Daniel Avery a frappé fort. Il y a cinq ans, le Londonien sortait Drone Logic, disque qui tapait dans la techno avec une vraie gourmandise, en multipliant les clins d'oeil à la culture rave et au son des nineties. Ce n'était ni du revivalisme, pas davantage une fuite en avant: juste l'idée que la musique électronique avait toujours des choses à dire, en rappelant qu'elle pouvait être à la fois cérébrale et dansante. Comme le proclamait à l'époque Avery lui-même, le décor de Drone Logic était celui d'un club, et de corps en mouvement. Une question de background certainement: longtemps immergé dans le rock (tendance post-punk, shoegaze et new wave), Daniel Avery (né à Bournemouth, il y a 32 ans) est rentré dans l'électronique via les soirées (comme les légendaires Trash, qui lui ont fait rencontrer Erol Alkan, qui a fini par le signer sur son label), pour se retrouver à mixer à la Fabric alors qu'il venait tout juste d'entamer la vingtaine... Cinq ans plus tard, le DJ n'a pas vraiment modifié son discours. Il a juste un peu changé de ton. L'an dernier, son mix réalisé pour le compte de la série DJ-Kicks avait déjà semé quelques indices. Dans la foulée, Daniel Avery avait également collaboré avec Alessandro Cortini, maître des claviers chez Nine Inch Nails, le temps notamment d'un maxi (7-inch), " explorant leur amour partagé pour les drones industriels et les musiques électroniques expansives". On ne s'étonnera donc pas de la couleur qu'a prise le nouveau Song For Alpha: plus sombre que jamais. Jusqu'au-boutiste, Avery a construit son nouvel album en s'appuyant sur les extrêmes: entre séquences méditatives d'un côté, presque ambient, et charges techno ombrageuses, de l'autre. Cela donne par exemple des respirations comme Days From Now, paysage sans beat, aux notes de clavier stellaires. Il est enchaîné avec Embers, dont les nappes semblent tout droit sorties des Disintegration Loops du héros ambient William Basinski, tandis qu'ailleurs c'est encore la période plus atmosphérique du Aphex Twin des débuts qui est invoquée. À l'inverse, les sept minutes de Sensation sont une longue montée acid qui n'explose jamais vraiment, cherchant davantage l'hypnose que le chaos. C'est un peu le même principe avec Diminuendo. Daniel Avery y épaissit un peu plus la menace, avec un groove long en bouche qui ressort les vieux sequencers vintage "back to 8(0)8". On attend les montagnes russes, mais c'est la ligne droite que choisit l'Anglais, préférant fracasser son morceau avec un drone bourdonnant en milieu de parcours. Tout cela pourrait tenir de la schizophrénie si Daniel Avery ne maîtrisait à ce point son sujet. Habitué de sets étalés sur quatre, cinq, voire six heures, il sait comment lier la sauce ( Slow Fade), construire des atmosphères, et, pardon the cliché, raconter des histoires. En l'occurrence, celle de Song for Alpha tient de la chronique techno ténébreuse, requérant de la patience dans un monde qui en a de moins en moins, permettant d'échapper à la réalité sans jamais la fuir...