On n'attendait guère Johnnie To, maître du polar hongkongais et réalisateur, parmi beaucoup d'autres, de Fulltime Killer, Election ou Vengeance, sur le terrain de la comédie musicale. Adapté en 2015 de la pièce Design for Living, de Sylvia Chang, et inédit sous nos latitudes, Office le voit franchir le pas avec un incontestable brio. ...

On n'attendait guère Johnnie To, maître du polar hongkongais et réalisateur, parmi beaucoup d'autres, de Fulltime Killer, Election ou Vengeance, sur le terrain de la comédie musicale. Adapté en 2015 de la pièce Design for Living, de Sylvia Chang, et inédit sous nos latitudes, Office le voit franchir le pas avec un incontestable brio. Situé en 2008, le film s'ouvre le jour où deux stagiaires ambitieux, Lee Xiang (" Lee, pour Ang Lee, et Xiang pour rêver"), un jeune naïf, et Kat Ho, une surdouée énigmatique, débarquent chez Jones & Sunn, une multinationale hongkongaise sur le point d'entrer en bourse. Une opération n'allant pas sans générer son lot de tensions dans le contexte du moment, miné par la faillite de la banque Lehman Brothers. Et les jeunes gens de découvrir, effarés, les coulisses du monde de la finance, ses magouilles et ses intrigues sentimentales, non sans témoigner d'aptitudes évidentes à manoeuvrer dans une jungle capitaliste où il ne s'agit pas de vivre mais de survivre... Intégralement tourné en studio et inscrit dans une cathédrale de verre ultra-stylisée, Office porte incontestablement le sceau de Johnnie To, dont la mise en scène, millimétrée, atteint ici des sommets de virtuosité. Si les chansons ne sont certes pas impérissables, le kitsch est, pour sa part, totalement assumé et le film, d'une rare fluidité et d'une grande élégance formelle, se déploie en quelque satire enlevée mais surtout féroce et lucide d'un capitalisme outrancier à la mode chinoise. Le résultat est hautement réjouissant, et non moins ébouriffant. Making of anecdotique en bonus.