On a écrit tout le bien que l'on pensait ( voir Focus de la semaine passée) de l'exposition Eyes Wild Open qui se tient actuellement dans la partie Museum du Botanique. Parmi l'époustouflant casting donnant à voir une approche non conventionnelle de l'image, il faut pointer le travail du photographe turc Yusuf Sevinçli, représenté à la faveur de quelques clichés noir et blanc. Dans la foulée, ce natif d'Istanbul (1...

On a écrit tout le bien que l'on pensait ( voir Focus de la semaine passée) de l'exposition Eyes Wild Open qui se tient actuellement dans la partie Museum du Botanique. Parmi l'époustouflant casting donnant à voir une approche non conventionnelle de l'image, il faut pointer le travail du photographe turc Yusuf Sevinçli, représenté à la faveur de quelques clichés noir et blanc. Dans la foulée, ce natif d'Istanbul (1980) a les honneurs d'un accrochage solo dans l'espace Galerie du centre culturel de la Communauté française. L'occasion pour le regardeur attentif de réaliser l'un de ces coups doubles dont même les joueurs de Scrabble ne mesurent pas la portée. Une petite vingtaine d'images variées confirment ce que l'on pressentait: celui qui est représenté en France par l'excellente Galerie Les Filles du Calvaire est bien l'héritier spirituel des Christer Strömholm, Anders Petersen et autre Daido Moryama. Chez lui aussi, on retrouve cette large place faite à l'instinct, à l'immersion, à l'urgence. L'homme ne cède pas à la tentation des "séries" bien rangées, il laisse le réel venir à lui dans toute sa polysémie. " Ce qui compte avant tout, ce sont mes expériences et mes sentiments personnels", a-t-il un jour confié au magazine Connaissance des Arts. C'est bien ce caractère embarqué que l'on retrouve au fil d' Oculus. Certaines prises de vue sont carrément magnétiques. On pourrait les détailler une par une... mais ce serait fastidieux. N'en retenons qu'une seule, emblématique. Il s'agit de cet arbre photographié en 2016 sur l'île d'Oléron. Les contrastes évoquent une gravure ancienne, tandis que, plié par le vent, le végétal découvre une inextricable texture. On pense à une sorte de traduction visuelle du mot du sculpteur César qui conseillait de " serrer le poing" pour éprouver la dimension de densité. Ici, Sevinçli réussit l'improbable performance de nous faire mesurer cette compacité au moyen de l'oeil. La chevelure figée n'a pas fini de hanter notre imaginaire.