Lové au coeur de Manhattan, à trois blocs de Greenwich Village, Wadjet Eyes Games clignote depuis douze ans comme une enseigne pour point & clicks rétro. Le label indé vénère, encore, le photoréalisme maladroit des jeux d'aventure 90's sur Unavowed. Mieux, cette plongée dans un New York rongé par des forces occultes rend également un talentueux hommage narratif et esthétique à Big Apple. Comme si Stephen King signait un épisode de X-Files, le tout illustré par Edward Hopper.
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Lové au coeur de Manhattan, à trois blocs de Greenwich Village, Wadjet Eyes Games clignote depuis douze ans comme une enseigne pour point & clicks rétro. Le label indé vénère, encore, le photoréalisme maladroit des jeux d'aventure 90's sur Unavowed. Mieux, cette plongée dans un New York rongé par des forces occultes rend également un talentueux hommage narratif et esthétique à Big Apple. Comme si Stephen King signait un épisode de X-Files, le tout illustré par Edward Hopper. Technobabylon exhumait il y a trois ans la culture cyberpunk des années 90 dans un jeu d'aventure très Blade Runner. Également hébergé chez Wadjet Eyes Games, Shardlightbrossait plus récemment le destin de survivants de la fin du monde dirigés par des aristocrates élisabéthains. Sans visage poudré, Unavowed s'écarte un peu de ces critiques sociales, mais son récit dense et noir mord le gamer à pleines dents. Possédé pendant plus d'un an par une entité maléfique, le héros amnésique de ce jeu indé se prend, en pleine figure, un passé dont il n'est pas responsable. Laisser un démon grignoter des victimes que l'on vient de tuer (involontairement) pour qu'il laisse l'humanité en paix? Envoyer un homme transformé en torche dans un univers parallèle inconnu ou le tuer pour le libérer de sa condition? Très vite, des choix impossibles doivent être posés. Recruté malgré lui par les Unavowed, une organisation séculaire luttant contre des forces obscures, le protagoniste du jeu enchaîne les enquêtes pour débusquer le responsable de ses maux. Eli, mage en imper maîtrisant (plus ou moins bien) le feu, et Mandana, tueuse au sabre acéré, étoffent le récit tout en épaulant le gamer. Les punchlines fusent. Fantômes, démons et autres djinns hantent les décors 2D fascinants entre Staten Island, Manatthan et le Bronx. Des tranches de vie touchantes se dévoilent, aussi. Glauque, le récit joue parfois au pince-sans-rire en traçant, notamment, d'improbables parallèles entre le métier de comptable et de magicien. Unavowed se vit comme une BD interactive plus qu'il ne se joue. Faire fondre un casier gelé grâce à une boule de feu d'Eli, demander à Mandana d'utiliser son sabre pour soulever une plaque d'égout: les énigmes d' Unavowed invoquent souvent les pouvoirs des coéquipiers du moment. Rarement denses, elles mélangent interaction d'objets et sens de l'observation au fil d'un gameplay classique. Cette épure cache toutefois un formidable travail narratif. Trois protagonistes peuvent en effet être incarnés sur Unavowed pour autant de chemins narratifs différents. Mieux, les scènes-clés du jeu varient selon les rapports du joueur à ses coéquipiers âgés de plusieurs centaines d'années. La cohérence et la complexité des règles fantasmées régissant le jeu-monde d' Unavowed forcent enfin le respect. Un travail de recherche préparatoire bluffant sur l'au-delà y a été abattu. Un cas unique à l'échelle du jeu vidéo.