Après avoir posé sa caméra dans le désert d'Atacama pour Nostalgia de la Luz, puis la Patagonie dans El Bóton de Nácar, c'est sur la Cordillère des Andes que Patricio Guzman ponctue son "cycle des éléments", La Cordillera de los Sueños étant le dernier volet d'une trilogie documentaire entamée en 2010, et qui l'a vu revisiter l'Histoire du Chili en prise sur le cosmos. " Dans mon pays, la Cordillère est partout mais pour les Chiliens, c'est une terre inconnue. J'ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puis...

Après avoir posé sa caméra dans le désert d'Atacama pour Nostalgia de la Luz, puis la Patagonie dans El Bóton de Nácar, c'est sur la Cordillère des Andes que Patricio Guzman ponctue son "cycle des éléments", La Cordillera de los Sueños étant le dernier volet d'une trilogie documentaire entamée en 2010, et qui l'a vu revisiter l'Histoire du Chili en prise sur le cosmos. " Dans mon pays, la Cordillère est partout mais pour les Chiliens, c'est une terre inconnue. J'ai voulu filmer de près cette immense colonne vertébrale pour en dévoiler les mystères, révélateurs puissants de l'Histoire passée et récente du Chili", explique-t-il dans sa note d'intention. S'y greffe une dimension intime, posée dès les premières minutes du film: voué à l'exil depuis le coup d'État militaire qui débarquait le président Allende en septembre 1973, le cinéaste y confesse rêver le Chili de loin, même s'il y a consacré tout son parcours professionnel, entamé au tournant des années 70. " La Cordillère des Andes, par sa force et son caractère, est la métaphore de ce rêve." Cette double tension fait le prix d'un film qui, s'ouvrant sur des plans aériens des contreforts andins histoire d'en poser la solennité, descend aussitôt sur Santiago, à la rencontre de la mémoire du Chili. La matière est féconde, où petite et grande histoire se rejoignent, tandis que les souvenirs du cinéaste arpentant, mélancolique, " les ruines de son enfance" , et ceux des témoins qu'il convoque pour la circonstance se confondent. Parmi ceux-ci, Pablo Salas, un cinéaste resté au pays dont il a documenté le quotidien sans discontinuer pendant 37 ans, des exactions commises sous la dictature de Pinochet aux soubresauts continuant de l'agiter. À son contact, La Cordillère des songes se fait plus frontal, les images qu'il a accumulées se révélant saisissantes, rien, pas plus les forces de l'ordre déployées en masse que le danger, ne semblant pouvoir l'arrêter. " Avec ses images, on pourrait reconstruire les années perdues de l'Histoire du Chili" , observe Guzman, d'une voix off péchant par endroits par didactisme excessif. Ce que le propos y perd sans doute en poésie, il le gagne toutefois en puissance, non sans trouver encore une pertinence acérée lorsqu'il érige le néolibéralisme sauvage faisant son lit des inégalités en héritier objectif du putsch militaire. " Tout ce que le Chili était avant a été mis au rebut", constate-t-il encore sans qu'il y ait là nécessairement une fatalité, la Cordillère, par sa présence immuable, apparaissant aussi comme le rempart inaltérable de l'âme chilienne." Mon voeu est que le Chili retrouve son enfance et sa joie", conclut l'auteur. Ce qu'en l'espèce, on appellera "la nostalgie de la lumière". Portrait et passionnante interview du réalisateur en bonus.