Photographe freelance, Sébastien Van Malleghem s'est fait un nom en Flandre -De Standaard- et à l'internationale -Time, L'Obs, Le Monde. Le fil rouge de son travail? Une certaine propension à se pointer là où ça ne rigole pas: l'épais quotidien des flics de quartier, les prisons, les junkies à Berlin, les asiles Forensic, les morgues à Mexico, l'après-guerre en Lybie... Exactement le genre d'atmosphères dont on ne s...

Photographe freelance, Sébastien Van Malleghem s'est fait un nom en Flandre -De Standaard- et à l'internationale -Time, L'Obs, Le Monde. Le fil rouge de son travail? Une certaine propension à se pointer là où ça ne rigole pas: l'épais quotidien des flics de quartier, les prisons, les junkies à Berlin, les asiles Forensic, les morgues à Mexico, l'après-guerre en Lybie... Exactement le genre d'atmosphères dont on ne sort pas indemne. Pour "exorciser ce qu'il a dans le torse", Sébastien Van Malleghem fait le voeu de passer à autre chose, d'en revenir à une photo pure. Une opportunité se présente sous la forme d'une résidence sur la petite île d'Halsnøy, en Norvège. Un mois où il ne se passe rien: il n'y a rien de pire pour quelqu'un qui est perpétuellement sous tension. Pour calmer ses nerfs et "casser son angle", celui qui a longtemps eu Weegee pour modèle court sur la plage. Jusqu'à ce portrait, celui d'une vieille femme. Une étincelle surgit dans la nuit numérique, le "début de quelque chose". Du coup, avec ses lumières radicales façon tout ou rien, le Nord se fait magnétique... Van Malleghem retourne régulièrement en Scandinavie et en Islande pour y balader son Nikon D810 qu'il veut libérer de toute influence. Non sans un certain masochisme, c'est au grand vide qu'il veut se confronter, à cette peur primale noire et blanche. Cet univers sous-exposé et granuleux, l'auteur de Réagir décide de le compiler dans un livre -Nordic Noir- qu'il a financé via KissKissBankBank. Ce "voyage au bout du Nord" en forme d'exutoire sort fin septembre et il est à ne pas manquer. On y croise des paysages que ne renierait pas le peintre Thierry De Cordier, baies fumantes et routes détrempées, mais aussi des visages délavés à l'ennui, des ados défoncés. On sent d'ici le jus de hareng et son odeur de fin de monde. Sans oublier d'écouter la bande-son cotonneuse suggérée par l'intéressée: Burial, Trentemøller et le You Want It Darker d'un certain Cohen. Nordic Noir, éditions André Frère, parution fin septembre. En précommande sur KissKissBankBank. www.sebastienvanmalleghem.eu M.V.