"Pick Me Up Off The Floor"

Quand on a vendu 50 millions d'albums -dont 27 du premier sorti en 2002- on peut prendre son temps. Mais un an à peine après la sortie de son mini-album Begin Again, et quelques mois après la parution du deuxième disque de son trio alt-country Puss N Boots (sic), Norah Jones propose onze nouvelles chansons. Co...

Quand on a vendu 50 millions d'albums -dont 27 du premier sorti en 2002- on peut prendre son temps. Mais un an à peine après la sortie de son mini-album Begin Again, et quelques mois après la parution du deuxième disque de son trio alt-country Puss N Boots (sic), Norah Jones propose onze nouvelles chansons. Confectionnées lors de sessions d'enregistrement mensuelles organisées depuis début 2018 en changeant à chaque fois de musiciens, d'invités vocaux et même d'ingé son. Le résultat pourrait s'effilocher dans la diversité mais la voix très incarnée de Norah Jones, son éternel charnel, unit les ambiances à dominante mélancolique. La façon dont les arrangements raffinent les mélodies, caressent les harmonies, sans outrance ni surlignage est particulièrement agréable. Jones a le don de faire chavirer les morceaux dans une forme d'hypnose douce, d'épicer sa matrice pop-jazz de country ( I'm Alive avec Jeff Tweedy), de gospel ( This Life) voire de parfait rétro assumé ( To Live). Avec des pointes subtiles, que ce soit l'orgue Hammond de Flame Twin ou le violon en intro de Were You Watching?. Thématiquement, certains titres sonnent comme des propositions personnelles voire intimes ( How I Weep, Heartbroken, Day After). Mais le travail sur les textes, inspirés de la poétesse Emily Fiskio et des histoires que Jones lit à ses propres enfants, cernent aussi les méandres d'un monde contemporain fissuré. Et dans les interstices de ses nombreux dysfonctionnements, s'inscrivent alors des chansons volontiers poignantes.