Il y eut d'abord, dès 2015, Le Reste du monde, puis Le Monde d'après. Soit le récit (très) spectaculaire de l'Apocalypse, vue depuis un petit chalet au sommet des Pyrénées et à travers les yeux d'une famille bientôt déchirée. Jean-Christophe Chauzy ne donnait aucune explication à cette soudaine succession d'accidents nucléaires, de tremblements de terre et de tsunamis géants qui ont apparemment balayé le monde; il regardait au contraire l'Apocalypse à hauteur d'hommes, privés d'infrastructures, de télécommunications et de tout modernism...

Il y eut d'abord, dès 2015, Le Reste du monde, puis Le Monde d'après. Soit le récit (très) spectaculaire de l'Apocalypse, vue depuis un petit chalet au sommet des Pyrénées et à travers les yeux d'une famille bientôt déchirée. Jean-Christophe Chauzy ne donnait aucune explication à cette soudaine succession d'accidents nucléaires, de tremblements de terre et de tsunamis géants qui ont apparemment balayé le monde; il regardait au contraire l'Apocalypse à hauteur d'hommes, privés d'infrastructures, de télécommunications et de tout modernisme, redécouvrant au passage l'incroyable plaisir de dessiner, en grand format, la nature sauvage, certes jonchée de cadavres et des restes de notre société consumériste. Mais, succès aidant, Chauzy n'en a pas fini avec la fin du monde. Il retourne sur les lieux trois ans après la catastrophe, voir ce que deviennent les hommes et ses personnages principaux. Et le constat, sans surprise, n'est vraiment pas folichon, à l'image de tous les récits post-apocalyptiques, de Hermann à McCarthy: les êtres humains n'ont plus rien à envier aux bêtes sauvages et les prémices d'une nouvelle civilisation font déjà peur à voir, entre bande de pillards, fous de Dieu, sectes sanguinaires et retour aux frontières, dans un ironique retournement de situation; des organisations militaires venues d'Espagne et du Maghreb contrôlent désormais les frontières de ce qu'il reste de la France, et entendent bien ne pas laisser passer le moindre réfugié... Dans ce chaos toujours (très) spectaculaire aux résonances cette fois pré-apocalyptiques, l'auteur ne semble voir d'espoir que dans la cellule familiale. Une famille déchirée, violentée et éparpillée, mais résolue à se retrouver. Et peut-être plus forte que la fin du monde elle-même. Épopée à la fois déprimante, anxiogène et a priori très nihiliste, la désormais mini-série rebaptisée dans son ensemble Le Reste du monde est avant tout un pur spectacle graphique, car la fin du monde de Chauzy est, hélas ou tant mieux, très belle à regarder. S'il a resserré son récit sur ses personnages, leurs épopées respectives et l'humanité qu'ils tentent vaille que vaille d'incarner, l'auteur continue de procéder par d'énormes et magnifiques aquarelles panoramiques utilisant au maximum le principe de la double page pour exprimer l'inexprimable. Ses couleurs directes pour une fois (dieu merci) pas retouchées avec Photoshop donnent encore plus de force et de fragilité à sa succession d'images spectaculaires mêlant pluie de poissons, épaves de navires et masse de déchets industriels au sein d'une nature vengeresse et féroce. Triste, mais beau.