Une fois n'est pas coutume, commençons par évoquer les suppléments du beau coffret consacré à Blade Runner 2049. Trois d'entre eux se distinguent. Il s'agit de courts métrages commandés spécialement par Denis Villeneuve pour illustrer certains événements-clés de la longue période -trois décennies- séparant l'action du chef-d'oeuvre de Ridley Scott de celle de sa suite aussi superbe que tardive. Blade Runner: Black Out 2022, 2036: Nexus Dawn et 2048: Nowhere to Run se révèlent captivants. Les deux derniers s'inscrivent efficacement dans le style du film de Villeneuve. I...

Une fois n'est pas coutume, commençons par évoquer les suppléments du beau coffret consacré à Blade Runner 2049. Trois d'entre eux se distinguent. Il s'agit de courts métrages commandés spécialement par Denis Villeneuve pour illustrer certains événements-clés de la longue période -trois décennies- séparant l'action du chef-d'oeuvre de Ridley Scott de celle de sa suite aussi superbe que tardive. Blade Runner: Black Out 2022, 2036: Nexus Dawn et 2048: Nowhere to Run se révèlent captivants. Les deux derniers s'inscrivent efficacement dans le style du film de Villeneuve. Ils sont réalisés par... Luke Scott, le propre fils de Ridley, révélé voici deux ans par un premier film de SF horrifique, Morgan. Mais c'est le premier des trois courts qui marque le plus les esprits. Mis en images ultra-puissantes par Shin'ichiro Watanabe, cette tranche d'animation rétro-futuriste fait le joint avec art et émotion. Le réalisateur et scénariste japonais des séries d'animation Cowboy Bebop et Space Dandy a tout juste dans son apport à l'héritage de Blade Runner. Lequel est en bonnes mains avec Denis Villeneuve! Le défi était pourtant immense. Même si le Québécois avait déjà prouvé, d' Incendies à Arrival en passant par Prisoners et Sicario, qu'il savait allier sens de l'action et résonances humaines profondes. Le transfert en Blu-ray au format 4K (le top absolu, pour ceux dont la télé en est déjà équipée) est d'une précision fascinante. Un joli travail pour restituer les nombreuses beautés d'un film où le rôle du chasseur de "réplicants", tenu dans le film original par Harrison Ford, passe sur les épaules solides de Ryan Gosling. Ford et son personnage de Deckard (bien) vieilli apparaissant bien sûr au gré d'un scénario idéalement balancé, ménageant tension et mystère sans oublier d'ouvrir de larges espaces à la rêverie, à la contemplation, à une poésie qui singularisait déjà le film de Ridley Scott et que Denis Villeneuve prolonge avec un bonheur communicatif. Tout en semant d'intelligentes (et parfois très émouvantes) références au récit de 1982. La question philosophique de savoir ce qui différencie l'humain de la machine humanisée -l'intelligence artificielle, le robot- est pour sa part toujours d'actualité. Elle l'est même plus, sans doute. Et permet de ressentir autant que d'admirer un spectacle que le directeur de la photographie Roger Deakins magnifie de sa palette de coloriste inspiré. Très impliqué dans la dimension symphonique de Blade Runner 2049, l'Anglais de 68 ans mériterait assurément l'Oscar pour son travail sublime. Réponse le 4 mars, où la tendance actuelle post-#metoo pourrait néanmoins porter nombre de votes vers la toute première femme nominée au titre de la meilleure photographie, Rachel Morrison (pour Mudbound)...