Au premier abord, Born to Kill porte en elle un tic de l'époque, devenu passablement lassant à force de se cogner à la vitre du réel et de l'actualité: une variation de plus sur l'instinct de mort qui transperce l'âme d'une jeunesse en perte de repères et en verve meurtrière, que l'amour ne suffit plus à sauver, bien au contraire. Sur Netflix, une autre série, The End of the F***ing World avait brillamment réussi l'exercice. Réalisée et diffusée en Angleterre au printemps dernier, quelques mois auparavant, Born to Kill propose une version moins tapageuse, ...

Au premier abord, Born to Kill porte en elle un tic de l'époque, devenu passablement lassant à force de se cogner à la vitre du réel et de l'actualité: une variation de plus sur l'instinct de mort qui transperce l'âme d'une jeunesse en perte de repères et en verve meurtrière, que l'amour ne suffit plus à sauver, bien au contraire. Sur Netflix, une autre série, The End of the F***ing World avait brillamment réussi l'exercice. Réalisée et diffusée en Angleterre au printemps dernier, quelques mois auparavant, Born to Kill propose une version moins tapageuse, qui arrive sur nos écrans dans un contexte plutôt lourd. Et pourtant, cette minisérie créée par le duo de scénaristes Tracey Malone et Kate Ashfield déroule un récit certes glaçant et retors, mais qui n'est pas dénué de nuances, de subtilités et d'une noirceur assumée. Jeune homme lunaire et perpétuellement inquiet, Sam est au coeur d'un lourd secret de famille: on lui a toujours assuré que son père était mort en héros de la guerre contre le terrorisme, en Afghanistan. En réalité, sa mère a tout fait pour lui épargner une vérité beaucoup moins reluisante, à savoir que le paternel végète en prison depuis douze ans, pour meurtre. Mais, au fond, qu'est-ce qui lui a pris de s'accuser de la tentative d'incendie de la classe de sciences dont Chrissie, jeune étudiante tout aussi fissurée que lui, était seule responsable? Était-ce pour s'attirer ses faveurs? Cet amour une fois acquis lui suffira-t-il pour surmonter les pulsions meurtrières qui l'assiègent et la relation toxique que lui impose sa mère, qui va jusqu'à entamer une relation avec le père de Chrissie? Pourquoi raconte-t-il le récit martial de la mort de son paternel devant sa glace, se filmant avec son téléphone, si ce n'est parce qu'il n'y croit plus trop lui-même? La rencontre avec ce père absent ne va pas apaiser le conflit des générations, le mensonge érigé en système (familial, étatique...) résidant au coeur de ce thriller psychologique dont le premier épisode démarre comme un vieux diesel. Lent, étouffant. La patiente observation du passage à l'acte meurtrier de Sam consacre la maîtrise indiscutable d'un scénario qui déploie intelligemment ses intrigues. La réalisation classieuse de Bruce Goodison donne du relief à ce personnage psychopathe, sur le fil du rasoir. La chaleur du regard que l'histoire porte sur l'ensemble des protagonistes tranche avec la froideur évidente de leurs actes. La performance de tous les acteurs est au diapason de cet oxymore de formes et de récits. Ils suivent une partition si intrigante, passionnante et parfois si hautement irritante que les quatre épisodes partent aussi vite qu'un coup de pistolet.