S'il fallait résumer en une seule phrase l'ultime tome du récit de captivité du père de Jacques Tardi, c'est qu'après la guerre, c'est encore la guerre. Et pas uniquement parce que René Tardi est un engagé volontaire et qu'il ne sera donc pas démobilisé en 1945, mais parce qu'il va bien falloir réparer le bordel qu'est l'Europe. Cette partie du monde est un champ de ruines, les prisonniers ...

S'il fallait résumer en une seule phrase l'ultime tome du récit de captivité du père de Jacques Tardi, c'est qu'après la guerre, c'est encore la guerre. Et pas uniquement parce que René Tardi est un engagé volontaire et qu'il ne sera donc pas démobilisé en 1945, mais parce qu'il va bien falloir réparer le bordel qu'est l'Europe. Cette partie du monde est un champ de ruines, les prisonniers des camps de l'horreur sont libérés et remplacés par des vaincus dont on ne sait pas très bien que faire. Les troufions serviront de main-d'oeuvre pour la reconstruction ou le déminage, les gradés, voire certains nazis, aideront à la conquête spatiale ou au redressement économique. Parallèlement, une autre guerre commence: les deux grandes puissances sorties victorieuses du précédent conflit vont commencer à se taper sur la gueule par procuration, en Indochine d'abord, en Corée ensuite. En France, après avoir réglé ses comptes avec les collaborateurs avérés et supposés, on fait des enfants. Le petit Jacques naît en 1946. Le couple vit d'abord chez la grand-mère dans la Drôme et bientôt en Allemagne où René fait partie de l'armée d'occupation et plus tard de stationnement pour contrer une éventuelle invasion du bloc communiste. Au fil du récit, c'est le petit Jacques qui prend la parole et raconte son quotidien, la vie à Coblence, l'école, le retour en France avec sa mère, le placement chez les grands-parents paternels pendant l'absence de la mère. Vient enfin la découverte des petits Mickeys et de tout ce qui va influencer le futur auteur de bandes dessinées. Ce dernier tome clôt admirablement la biographie d'un homme engagé dans l'armée par idéal, nourri des récits de la Première Guerre de ses aînés et bien vite désenchanté, aigri par ses années de captivité et rabaissé par les "héros" de 14. L'attitude de ses chefs déserteurs va finir par lui faire vomir l'armée, la guerre et la colonisation.