La surprise fut de taille, une sorte de remontage de bretelles plastique. Elle est en partie liée au fait -on a d'ailleurs presque envie de s'en excuser- que c'est la première fois qu'on mettait les pieds dans la QG Gallery dont on ignorait jusqu'à l'existence. On ne s'attendait pas une seconde à un propos d'une telle qualité: c'est une vraie leçon d'histoire des formes qui est ici magistralement administrée par ce lieu inauguré en septembre 2017. Une leçon dont on loue tout à la fois la haute tenue esthétique, la scénographie taillée à la lame de rasoir et l'important travail de recherche fourni. On en encense aussi la probité intellectuelle car plus que jamais il est salutaire de rappel...

La surprise fut de taille, une sorte de remontage de bretelles plastique. Elle est en partie liée au fait -on a d'ailleurs presque envie de s'en excuser- que c'est la première fois qu'on mettait les pieds dans la QG Gallery dont on ignorait jusqu'à l'existence. On ne s'attendait pas une seconde à un propos d'une telle qualité: c'est une vraie leçon d'histoire des formes qui est ici magistralement administrée par ce lieu inauguré en septembre 2017. Une leçon dont on loue tout à la fois la haute tenue esthétique, la scénographie taillée à la lame de rasoir et l'important travail de recherche fourni. On en encense aussi la probité intellectuelle car plus que jamais il est salutaire de rappeler à cette partie du monde qui pense incarner la rationalité éclairée -cet "Occident" dont le discours totalisant est de moins en moins recevable- que d'autres modernités que la sienne ont vu le jour... et qu'elles sont à tout le moins aussi pertinentes. Hungary vs. The World rejoue une certaine partition du monde au sens littéral du terme. Deux murs se font face, comme deux "blocs", qui disent deux carcans dont on serait bien en peine de désigner le plus redoutable. Celui de gauche déroule les temps forts de la production artistique hongroise d'après-guerre, période qui fut marquée par un communisme strict ayant entraîné l'exil de 200 000 cerveaux. À droite, en revanche, ce sont des grands noms -Frank Stella, Daniel Buren, Robert Mangold, Antonio Calderara...- du "monde libre", là où il n'est pas question de faire passer l'art sous le joug du politique -du moins si l'on est assez naïf. Au milieu? Vasarely représenté par Gestal Pyr (1967), une oeuvre verticale et... architecturale entre toutes. Dès l'entrée, l'accrochage évacue la question d'une proposition axée sur un manichéisme simpliste. Une stupéfiante toile - Untitled (Six Prisons), 2005- de Peter Halley projette une lumière crue sur la problématique. L'oeuvre striée au "Roll-Tex", un composé acrylique texturé constituant la marque de fabrique du New-Yorkais, reflète une vie au sein de laquelle l'homme n'a plus sa place. De l'individu ne sont retenus que ses flux, ses circulations, ses schémas... que l'on se chargera bientôt de traduire en algorithmes. Voilà pour qui en viendrait encore à s'illusionner sur la liberté au sein d'un monde désincarné, celui du capitalisme sans visage et de la technologie déshumanisée. De l'autre côté, on découvre l'aventure formelle de Ferenc Lantos, influencé par les enseignements du Bauhaus liant développements technologiques et attitude esthétique. L'homme va mener une recherche personnelle, en compagnie de quelques élèves, à la faveur d'un atelier clandestin, le "Pécs Workshop". Les oeuvres qui en résultent, des panneaux d'émail colorés d'abstractions géométriques, frappent l'oeil tout autant qu'elles suggèrent la disparition du sujet sous administration totalitaire. Outre une Study of Spatial Elements (1968) du maître, on pense à cette composition sans nom de 1971 signée Kálmán Szijártó qui articule lignes noires et triangles bleus et rouges sur fond blanc, ainsi qu'à ces Stripes (1968) d'Imre Bak dont la puissance expressive fonctionne à plein régime. Quand un mur est érigé entre deux territoires, plus personne n'est véritablement libre. Seuls certains artistes parviennent à se hisser pour entrevoir un horizon par-delà les briques.