Il y a des groupes qui se pressent, se dépêchent, abreuvent et impriment une cadence effrénée. Il y en a d'autres qui attendent, patientent, cherchent le bon moment en quête du meilleur timing. Convaincus que dans la vie, de toute façon, c'est toujours lui qui fait la différence. Les Montréalais de Pottery avaient pris leur temps, quasiment deux ans, entre l'enregistrement et la sortie de No.1. Premier EP redoutable d'efficacité qui enquillait les singles ( Spell, Hank Williams, Lady Solinas, The Craft) entre post punk gentiment secoué et art pop pour le dancefloo...

Il y a des groupes qui se pressent, se dépêchent, abreuvent et impriment une cadence effrénée. Il y en a d'autres qui attendent, patientent, cherchent le bon moment en quête du meilleur timing. Convaincus que dans la vie, de toute façon, c'est toujours lui qui fait la différence. Les Montréalais de Pottery avaient pris leur temps, quasiment deux ans, entre l'enregistrement et la sortie de No.1. Premier EP redoutable d'efficacité qui enquillait les singles ( Spell, Hank Williams, Lady Solinas, The Craft) entre post punk gentiment secoué et art pop pour le dancefloor. Jusque-là, pas le choix. Il fallait se traîner dans de petites salles de la métropole québécoise ou arriver tôt aux concerts de Thee Oh Sees et de Parquet Courts pour entendre ce qu'ils avaient dans le ventre. " Le meilleur band que vous ne pouvez pas écouter parce que les membres refusent de sortir leur disque", titrait en 2018 Vice Canada à leur sujet. Pas étonnant donc que le quintette ait choisi de repousser la sortie de son album. D'éviter tant que faire se peut les méfaits du coronavirus, du monde à l'arrêt, des magasins de disques fermés et des salles de concert sous scellés. Prévu pour le 10 avril, Welcome to Bobby's Motel a été reporté au 26 juin et voit donc enfin le bout du tunnel. Qui est Bobby direz-vous? " Un pilote, un bûcheron, un papa à la maison, un danseur de disco qui ne craque jamais son pantalon. C'est un sac de boxe rempli d'humour." Bobby, c'est vous, c'est moi. C'est lui, c'est elle. C'est eux, surtout. Cinq gugusses dont le batteur Paul Jacobs (king du garage montréalais) et quelques-uns de ses musiciens énervés. Si son motel n'est pas synonyme de grand luxe, de cuistot étoilé, de sauna, de spa et de piscine sur le toit, c'est un endroit où l'on va pour " sentir, s'échapper, se souvenir et se distraire." Le tout en pensant aux Talking Heads et en chaussant ses dancing shoes les mieux cirées. Quitte à rentrer à la maison avec des traces de gerbe sur ses lacets... Welcome to Bobby's Motel est un disque rebondissant. Un album malin qui a le sens de l'humour (" Mieux vaut en rire que de s'en foutre", disait le philosophe Didier Super) et joue à saute-mouton pour sortir des impasses. La liste de références est longue comme un bras de Thibaut Courtois. Il y a l'évidence. Les dynamiques des Talking Heads et ces inflexions vocales à la David Byrne, l'influence de Devo et d'Orange Juice. Plus proche de nous les ressemblances avec Squid et Crack Cloud. Pottery (rien à voir avec Patrick Swayze, Ghost et Unchained Melody) joue avec le post punk, la no wave, le rock à guitares pour danser du début des années 2000 (LCD Soundsystem, The Rapture). Commence en faisant crisser les pneus et se termine par une ballade en roue libre ( Hot Like Jungle). Fun fun fun...