Tom (Michael C. Hall) vient de perdre son épouse, victime d'un cancer du sein. Au moment du dernier adieu, entouré de ses deux filles, Carrie et Jenny, il leur glisse un: "Je suis désolé" sanglotant et endolori. Jenny, son aînée, lui renvoie un: "Mais oui, c'est ça" ( "Yeah, right") bien serré entre les dents. Le prologue de Safe confirme en un micro-dialogue (mort-né) que c'est bien Harlan Coben qui en est le créateur et qu'un secret aussi profond que sourd (et pourquoi se limiter à un, d'ailleurs?) viendra plonger ce p...

Tom (Michael C. Hall) vient de perdre son épouse, victime d'un cancer du sein. Au moment du dernier adieu, entouré de ses deux filles, Carrie et Jenny, il leur glisse un: "Je suis désolé" sanglotant et endolori. Jenny, son aînée, lui renvoie un: "Mais oui, c'est ça" ( "Yeah, right") bien serré entre les dents. Le prologue de Safe confirme en un micro-dialogue (mort-né) que c'est bien Harlan Coben qui en est le créateur et qu'un secret aussi profond que sourd (et pourquoi se limiter à un, d'ailleurs?) viendra plonger ce petit monde dans le tragique, la mort, le mystère, le sale... Deux ans plus tard, Tom, chirurgien pédiatrique, a refait sa vie dans un quartier prisé de la bourgeoisie anglaise, protégé par une barrière du monde et de ses insécurités fantasmées. Il a trouvé avec Sophie le confort d'une relation amoureuse naissante et secrète parce qu'adultère. Au sein de ce cocon rassurant, où les cuisines suréquipées, les jardins bien entretenus et les grosses cylindrées font illusion, le voisinage montre déjà des signes de violence rentrée, à l'image du couple que forme Neil et Zoé (Audrey Fleurot), prêt à imploser. Des amis de Jenny qui se défoncent comme tout millennial qui se respecte -mal. Ou de Tom lui-même, incapable de réprimer un sentiment de culpabilité qui se mue en paranoïa. Un soir, il pressent sa fille en danger. Le lendemain, il constate que Jenny n'est pas rentrée de la fête organisée par sa copine Sia. À mesure que Tom tente de la retrouver, le scénario de la soirée se reconstitue à coups de vidéos prises par des smartphones, de SMS, de posts sur les réseaux sociaux -autant de traces laissées par Jenny ou son entourage. Il apparaît vite que tous les parents ont des trucs pas nets à cacher: mêlant crime, enquête policière, tromperie et usurpations d'identité, la série déroule tout le catalogue cher à Coben. Lors de la première édition du festival Canneseries en avril dernier, dont il était le président du jury, le romancier désormais cinéaste nous avait confié qu'il voyait dans le secret, "la matière la plus inépuisable en termes de storytelling, d'écriture, d'imaginaire". Effectivement, les soubresauts de l'intrigue qui, de familiale et de voisinage, se fait policière, maintiennent la tension. Mais la froideur clinique avec laquelle il mène l'histoire nous rend imperméable aux ordalies de ses protagonistes. L'épaisseur de jeu de Michael C. Hall surmonte un accent britannique stéréotypé pour sauver son personnage d'un scénario téléphoné.