Revoir la tête polygonale du docteur Kawa-shima, c'est replonger dans les années Iwata de Nintendo. Le défunt président de Big N croyait alors dur comme fer aux effets du jeu vidéo sur notre santé physique et mentale. Exploitant à merveille l'écran tactile de la Nintendo DS il y a quinze ans, le Programme d'entraînement cérébral du Dr Kawashima se soldait alors par un carton mondial. Vingt millions de copies écoulées plus tard, le soufflé est retombé. Cette bulle qui a enfanté une inévitable vague de suiveurs (notamment chez Ubisoft et Micro Application) a gentiment éclaté. Pas de quoi toutefois empêcher Nintendo d'adapter son...

Revoir la tête polygonale du docteur Kawa-shima, c'est replonger dans les années Iwata de Nintendo. Le défunt président de Big N croyait alors dur comme fer aux effets du jeu vidéo sur notre santé physique et mentale. Exploitant à merveille l'écran tactile de la Nintendo DS il y a quinze ans, le Programme d'entraînement cérébral du Dr Kawashima se soldait alors par un carton mondial. Vingt millions de copies écoulées plus tard, le soufflé est retombé. Cette bulle qui a enfanté une inévitable vague de suiveurs (notamment chez Ubisoft et Micro Application) a gentiment éclaté. Pas de quoi toutefois empêcher Nintendo d'adapter son hit pour cellules grises sur Switch. Croiser un jeu ludo-éducatif prétendant doper la santé cérébrale soulève logiquement des doutes. Nintendo n'a toutefois pas choisi Ryuta Kawashima par hasard. Ce neuroscientifique directeur de l'Institute of Development, Aging and Cancer de l'université de Tohoku au Japon souligne que sa méthode ludique fonctionne. Concentrés sur le traitement de l'information, la mémoire et le self control, ses exercices ont eu un effet bénéfique sur 32 sujets qui les ont pratiqués quotidiennement pendant un mois(1). Des leçons de dessin d' Art Academy aux cours de cuisine de Qu'allons-nous manger aujourd'hui? en passant par la gymnastique de la balance fitness Wii Fit, la fin de l'engouement pour le médico-ludo-éducatif prouve à tout le moins les limites de cette recette qui n'a rien de miraculeux. Pas de quoi toutefois gâcher le plaisir des retrouvailles avec ce bon Dr Kawashima. Jamais avare en bons mots, ce dernier guide le gamer au fil d'une quinzaine d'exercices à pratiquer au quotidien. Rejouer une partition simple au piano, retenir les éléments d'une photo, accomplir une série de soustractions où chaque résultat s'efface... Une partie de ces défis occupant une quinzaine de minutes par jour se dédie à la mémoire à court terme. Jamais barbant, ce fitness pour cellules grises met agréablement à profit l'ergonomie particulière de la Switch. Oubliez le téléviseur, les exercices de Kawashima se pratiquent en tenant le plus souvent la console à la verticale. Son écran tactile est en outre également utilisé sur des séries de 20 additions éclair à effectuer. Hélas, la reconnaissance d'écriture, calibrée pour des chiffres japonais, exige de maîtriser certains codes sous peine d'erreurs faussant les résultats déterminant l'âge cérébral du gamer. Autre tour de passe-passe ergonomique, le capteur infrarouge de la manette droite de la Switch se transforme en caméra "lisant" la forme de la main sur un pierre-papier-ciseaux. Jubilatoire, ce jeu demande de gagner et de perdre sur une succession de coups. Gare aux hésitations... Comportant un sudoku lui aussi très années 2000, le Programme d'entraînement cérébral du Dr Kawashima propose enfin un dispensable mode deux joueurs et une fascinante réinterprétation de Dr. Mario, puzzle game culte de Nintendo. Capitaliser sur le passé? Un réflexe décidément bien rodé pour la firme de Kyoto.