Sorti en 2011, Melancholia fut un film marquant. Nombreux sont ceux qui ont encore en tête ce moment, générateur d'une peur primale, où le spectateur mesure que la collision avec la planète géante est inéluctable. Le coup de génie narratif résidait dans le procédé visuel utilisé: l'asymétrie entre la fragilité du dispositif employé -un rudimentaire fil de fer, bricolé par un père et son fils, permettant d'évalue...

Sorti en 2011, Melancholia fut un film marquant. Nombreux sont ceux qui ont encore en tête ce moment, générateur d'une peur primale, où le spectateur mesure que la collision avec la planète géante est inéluctable. Le coup de génie narratif résidait dans le procédé visuel utilisé: l'asymétrie entre la fragilité du dispositif employé -un rudimentaire fil de fer, bricolé par un père et son fils, permettant d'évaluer la taille de l'astre- et la compacité inébranlable de la sphère céleste mue par des forces cosmiques. L'instant de l'excès, les contours de la masse blanche surgissant par-delà le cercle de métal, était, est et restera un moment de cinéma fondateur en contexte de collapsologie. Les fidèles de Lars von Trier seront heureux d'apprendre que le réalisateur a imaginé une prolongation inédite à la réflexion initiée avec cet opus ayant permis à Kirsten Dunst d'être primée à Cannes. La ramification en question prend place dans un environnement d'exposition conçue à la façon d'un triptyque épuré. Le Danois a choisi de traiter la problématique soulevée par Melancholia en la rapprochant de sa fascination pour les pierres précieuses. L'occasion de renouer avec le contraste évoqué plus haut: l'éternité supposée des diamants versus le "1/24e de seconde", la vitesse de projection estimée de chaque image d'un film contemporain. Le traitement consiste en un texte à lire comme une note d'intention mais surtout en une expérience de réalité augmentée d'une durée de deux minutes: chaque visiteur suffisamment patient pour revêtir le casque de réalité virtuelle a la possibilité de visualiser et de manipuler un diamant en 3D comme s'il s'agissait de la fameuse planète du film. Grisant. Sans oublier, la rencontre avec le joyau lui-même, conglomérat minuscule et irrégulier de deux pierres soudées il y a des millions d'années. Le tout prend place dans la grande salle triangulaire du M HKA, chapelle idéale pour cette rencontre du troisième type entre l'image-temps et l'art contemporain.