L'oeuvre de Chiharu Shiota (1972, Osaka) possède un incroyable pouvoir de sidération. Elle est d'une efficacité totale auprès du visiteur qui, en un coup d'oeil, en ressent toute la puissance expressive sans qu'il puisse pour autant l'analyser. On en veut pour preuve l'océan de fils rouges -près de 400 kilomètres- agencé à l'occasion de la 56e édition de la biennale de Venise (2015). Ce labyrinthe carmin constituait ...

L'oeuvre de Chiharu Shiota (1972, Osaka) possède un incroyable pouvoir de sidération. Elle est d'une efficacité totale auprès du visiteur qui, en un coup d'oeil, en ressent toute la puissance expressive sans qu'il puisse pour autant l'analyser. On en veut pour preuve l'océan de fils rouges -près de 400 kilomètres- agencé à l'occasion de la 56e édition de la biennale de Venise (2015). Ce labyrinthe carmin constituait l'un des moments les plus émouvants de la manifestation. Imaginée pour le pavillon japonais, cette installation, archétypale comme souvent, faisait place à des milliers de clés suspendues censées symboliser autant de destins individuels énigmatiques. Dans la lignée de Louise Bourgeois, Eva Hesse, Annette Messager, ou encore Christian Boltanski, la plasticienne nipponne déploie une oeuvre qui oscille entre minimalisme, onirisme arachnéen et utilisation d'objets chargés de vécu. Bonne nouvelle, c'est au tour des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique de lui offrir une carte blanche en lui confiant la totalité d'une salle (Emile Bernheim). Me Somewhere Else (2018) s'inscrit dans un registre similaire dans la mesure où la création se partage entre laine et coton. En entrant, quatre photographies disposées sur la droite fournissent une sommaire grille d'interprétation. On y voit la plasticienne maculée d'un liquide que l'on interprète comme du sang. Ce lien établi avec le liquide vital annonce un tourment, de ceux qui sont vécus dans l'intimité du corps. De fait, un court texte de présentation précise que la pièce évoque " la lutte contre la maladie et la certitude que l'esprit survivra au corps". Le regard est magnétisé par le réseau inextricable de fils dont l'invasion progressive, depuis une paire de pieds postiches, évoque un tourbillon douloureux. Il est aussi question d'un étrange retournement: l'espace dans lequel cette chrysalide textile s'étire semble paradoxalement en être davantage le captif plutôt que la condition de possibilité.