"J'aime l'humour noir. C'est mon truc. Vous savez, on dit toujours qu'il y a ceux qui voient le verre à moitié plein et puis ceux qui voient le verre à moitié vide. Personnellement, je serais plutôt du genre à voir le bris de verre planté dans mon artère fémorale qui pisse le sang. Voilà. " Ce genre de sentence qui vous pose un homme, Ben Wheatley semble en avoir plein le bonnet en laine qui surmonte sa bonne bouille de nounours pince-sans-rire de 41 ans quand on le chope fin janvier en plein marathon promo au Festival du Film International de Rotterdam.
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"J'aime l'humour noir. C'est mon truc. Vous savez, on dit toujours qu'il y a ceux qui voient le verre à moitié plein et puis ceux qui voient le verre à moitié vide. Personnellement, je serais plutôt du genre à voir le bris de verre planté dans mon artère fémorale qui pisse le sang. Voilà. " Ce genre de sentence qui vous pose un homme, Ben Wheatley semble en avoir plein le bonnet en laine qui surmonte sa bonne bouille de nounours pince-sans-rire de 41 ans quand on le chope fin janvier en plein marathon promo au Festival du Film International de Rotterdam. Il faut dire que le gars Ben, totalement inconnu des radars cultureux il y a quelques mois à peine, est parvenu à imposer en un temps record, et trois films savoureusement mal peignés, la belle singularité de son cinéma. Il y eut d'abord l'inédit Down Terrace (2009), une espèce de huis clos psychologique où famille dysfonctionnelle et criminalité à la petite semaine font un drôle de ménage. Et puis déboula Kill List (2011, mais sorti en Belgique, simultanément en salles, VOD et DVD, début 2013 seulement), une petite grenade de film de genre comme on n'en avait pas dégoupillé outre-Manche depuis un certain Eden Lake. Dans la foulée arrive aujourd'hui Sightseers (lire encadré), une comédie sociale baignée d'humour acide que Wheatley, qui a l'art de pitcher ses films, décrit comme "une sorte de The Honeymoon Killers (Leonard Kastle, 1970, ndlr) dans un contexte de camping". Soit un couple d'Anglais tout ce qu'il y a de plus banalement plouc qui se lance sur la route des vacances avec sa caravane, à destination de sites historiques perdus dans la campagne britonne, et qui bientôt, par frustration, jalousie, voire pur plaisir, va semer mort et désolation sur son passage. L'occasion de pointer l'obsession du cinéaste pour des personnages à l'allure ordinaire qui commettent des crimes crapuleux, violence et trépas naissant le plus souvent chez lui des situations les plus prosaïques qui soient. "Si vous observez des gens violents dans la vraie vie, vous constaterez qu'il s'agit en apparence de personnes tout à fait normales. Comme vous et moi. Il n'y a que dans les films que les types se transforment en vampires ou en zombies pour trucider d'autres gens. " De là à circonscrire l'ami Wheatley, cinéphile enragé adepte d'une forme viciée de "kitchen sink drama" -un courant typiquement british ancré dans la réalité sociale des classes populaires-, dans un champ cinématographique réaliste et contemporain, il n'y a qu'un pas. Qu'il serait idiot de franchir... "Mon prochain film, qui est déjà en boîte, A Field in England, se situera au confluent du réalisme des films de guerre de Peter Watkins et de quelque chose comme du Roger Corman psyché. Il y sera question d'un groupe de déserteurs qui, durant la première Révolution anglaise, au XVIIe siècle, sont capturés par un alchimiste qui leur fait prendre des champignons hallucinogènes. Et le suivant, Freakshift, que je vais tourner aux Etats-Unis -une première pour moi-, sera un film de science-fiction, où la colère et les peurs qui habitent les personnages seront littéralement incarnées par les monstres qu'ils sont censés combattre. Ce qui, quand vous y réfléchissez, est le principe de quasi tous les monster movies... " Incollable au rayon cinéma de genre, ce fan hardcore d'Alan Clarke et du Tarantino des débuts -"Je pense que je ne me serais jamais lancé dans la réalisation si je n'avais pas vu Reservoir Dogs"- écrit et monte tous ses films en compagnie de sa femme, Amy. "Les choses se passent ainsi: j'ai une idée, et je la découpe en trois temps sur une feuille de papier. De là je rédige un premier script, que je donne à Amy. Elle le lit, le réécrit et pas un seul mot du brouillon que j'avais pondu n'est conservé. Alors, je regarde son scénario et je me dis: "Merde, c'est bien meilleur que ce que j'avais torché!" Voilà comment on fonctionne. Et c'est une bonne chose. Pour mes films comme pour mon mariage." lRENCONTRE NICOLAS CLÉMENT, À ROTTERDAM