Roman d'inspiration partiellement autobiographique écrit par Jack London en 1909, Martin Eden a fait l'objet de diverses adaptations au cinéma et à la télévision, la plus célèbre restant celle de Sidney Salkow en 1942, avec Glenn Ford dans le rôle titre. Le cinéaste italien Pietro Marcello (Bella e perduta) en propose aujourd'hui une lecture...

Roman d'inspiration partiellement autobiographique écrit par Jack London en 1909, Martin Eden a fait l'objet de diverses adaptations au cinéma et à la télévision, la plus célèbre restant celle de Sidney Salkow en 1942, avec Glenn Ford dans le rôle titre. Le cinéaste italien Pietro Marcello (Bella e perduta) en propose aujourd'hui une lecture aussi singulière que fascinante, transposant l'histoire de la baie de San Francisco à celle de Naples, et mesurant le destin amer du matelot à la marche du XXe siècle, dans un récit à la résonance encore criante. Soit donc Martin Eden (Luca Marinelli), marin de condition modeste qui, ayant tiré un jeune homme de bonne famille d'un mauvais pas, va être introduit dans la haute société napolitaine et tomber raide amoureux de sa soeur Elena (Jessica Cressy). Et d'entreprendre de la séduire par son savoir et sa culture, se lançant dans un apprentissage forcené pour être bientôt rattrapé par le sentiment d'avoir trahi ses origines. L'odyssée du jeune autodidacte, Pietro Marcello en tire une rêverie sinueuse arpentant le XXe siècle, ses luttes sociales et ses combats politiques, dans une temporalité suspendue -la caméra navigue, dans un mouvement fluide, de l'Italie préfasciste à celle du tournant des années 70-, et en infusant d'images d'archives un récit porté par un irrésistible élan romanesque. Audacieux et aventureux, le résultat est plus encore abouti, chronique lyrique et ultra-romantique d'un inéluctable désenchantement. Un grand film, habité par la présence rageuse de Luca Marinelli, prix d'interprétation lors de la dernière Mostra de Venise.