On Mars (tome 1)
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On Mars (tome 1) De Sylvain Runberg et Grun, Éditions Daniel Maghen, 78 pages. 6 Rien de neuf sous le soleil de la planète Mars: c'est toujours la galère comme dans Total Recall -oui, sur On Mars, on ne se privera pas de références. Elles sont d'ailleurs toutes assumées, le pitch de cette nouvelle trilogie SF annonçant de lui-même "un récit de science-fiction à la Starship Troopers, de politique-fiction à la 1984 et un thriller carcéral à la Prison Break." Le tout heureusement bien mélangé par Sylvain Runberg, fan de genres et de SF (Orbital, une des dernières grandes réussites du genre, en BD dite classique, était déjà de lui): en 2132, la colonisation de Mars ressemble à l'Australie du XVIIIe siècle, l'air pur en moins; le monde moderne y envoie ses bagnards y casser des cailloux. Des camps de travail qui voient débarquer la jeune et farouche Jasmine Stenford, condamnée à 20 ans, et confrontée d'emblée à la violence crue de l'endroit, entre tentatives de viol et nouvelle religion, toujours bonne à prendre en attendant la mort. Ou une révolution? Dans le genre, on n'en sort pas, classique et science-fiction, cette nouvelle mini-série est donc à conseiller: on y trouve plein de références pop, de bons faiseurs et un excellent dessin classique, un peu raide mais nourrit autant de comics que de Moebius, que l'on doit à Grun, jeune auteur effectivement prometteur. Et éventuellement rapidement bankable sur le marché des planches originales? L'album a en tout cas de quoi allécher les amateurs, via son cahier supplémentaire d'une quinzaine de pages cette fois purement graphiques, et qu'on ne manquera pas de trouver, en exposition et à la vente, un de ces jours dans la fameuse galerie Maghen, à Paris. Un galeriste spécialisé dans les planches originales, et qui est aussi l'éditeur de cette belle trilogie. Daniel Maghen éditeur n'en est pas à son coup d'essai -il a déjà publié de beaux livres avec Emmanuel Lepage ou Patrick Prugne-mais semble donc de plus en plus s'affranchir des intermédiaires, éditeurs en premier, qui séparent encore les auteurs des galeristes. Ces derniers ont, ces dernières années, pris une place importante dans le petit monde de la bande dessinée. Entre la baisse des revenus des auteurs via la seule vente de leurs albums, un patrimoine et des ayants-droits grandissants, et un marché des planches originales qui n'arrête pas lui aussi de grossir, les galeristes ont pris un rôle nouveau dans le petit milieu de la bande dessinée -rôle qui ne va pas sans jalousie ni odeur sulfureuse. L'histoire dira si Daniel Maghen pose ici, avec On Mars, sa petite pierre a un monde effectivement nouveau. Olivier Van Vaerenbergh