Legerdemain. Le titre à lui seul mérite une explication. C'est Emmanuel Lambion, curateur de l'exposition, qui la donne: " Il s'agit en réalité d'un terme anglais, dérivé de l'agrégation et de l'appropriation translinguistique d'une locution en vieux français ("léger de main") qualifiant l'habileté et la dextérité manuelles à réaliser des tours... de main. Suivant les contextes, ce mot est synonyme de prestidigitation, d'illusion, d'habileté ou de tromperie. Il trouve également une utilisation spécifique dans le champ financier pour désigner des tours de constructions financières alambiquées voire peu transparentes." Le lien est rapidement fait avec...

Legerdemain. Le titre à lui seul mérite une explication. C'est Emmanuel Lambion, curateur de l'exposition, qui la donne: " Il s'agit en réalité d'un terme anglais, dérivé de l'agrégation et de l'appropriation translinguistique d'une locution en vieux français ("léger de main") qualifiant l'habileté et la dextérité manuelles à réaliser des tours... de main. Suivant les contextes, ce mot est synonyme de prestidigitation, d'illusion, d'habileté ou de tromperie. Il trouve également une utilisation spécifique dans le champ financier pour désigner des tours de constructions financières alambiquées voire peu transparentes." Le lien est rapidement fait avec Étienne Courtois, un polytechnicien qui travaillait auparavant en banques d'investissement et qui s'adonne aujourd'hui à un travail plastique de grande qualité. Il nous l'avait déjà expliqué: " Avant, mon job était d'acheter des placements à risque, de les restructurer pour les revendre, conformément aux attentes de potentiels investisseurs. Aujourd'hui, je fais exactement l'inverse. Ce que je propose n'est absolument pas formaté pour séduire qui que ce soit, je ne vends plus du vent mais le résultat d'une démarche personnelle sans concession et livrée telle quelle." Si le registre n'est plus le même, Courtois fait toujours preuve d'adresse. Son travail en témoigne, que, au premier regard, on prend pour tout... sauf de la photographie. C'est pourtant de ce médium qu'il est question, mais travaillé dans le sens d'une " porosité" -le mot est du commissaire- avec des disciplines telles que la peinture ou la sculpture. Farcie de références cubistes et d'effets de matière -papier émeri, vinyle, éponge synthétique...- puisés dans une sorte de néo-arte povera -objets de consommation cheap tels que des pantoufles d'hôtel, des tubes en plastique ou des brosses-, ses natures mortes déjouent tous nos a priori en termes d'image. On pense que c'est du studio... c'est de la prise de vue en extérieur; on est certain que c'est du numérique... il s'agit d'argentique; on ne doute pas qu'il y ait de la retouche... pas une once de Photoshop à signaler. Accrochées classiquement aux murs, ce qui est assez rare pour la Maison Grégoire, les images de Courtois laissent pantois. On en veut pour preuve cette composition surgie d'un imaginaire ayant pour horizon la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie: soit un berlingot de lait en vinyle à motifs de briques et un sac rayé se détachant sur un fond de moquette texturée. Monstrueux? Nullement. L'étrange hybridation a des allures sympathiques, il y a du compagnon de route en elle. Courtois ne s'arrête pas en si bon chemin, il signe une pièce sidérante: L'Ami du peintre. Ondulante sous le regard, cette peinture abstraite est une prouesse technique s'exprimant à travers un négatif photographié par deux fois, rehaussé d'un aplat de peinture et imprimé sur du triplex. Ce dernier est lui-même marouflé sur un panneau de MDF imaginé selon les contours d'un cadre fait main. L'ensemble est d'une beauté, d'une simplicité et d'une pureté renversantes. L'oeuvre confirme Étienne Courtois en maître des illusions.