" Quand je suis dans une session studio, peu importe pour qui je joue, mon état d'esprit est le même: mettre ma basse au service de la chanson, qu'elle la soutienne, la pousse, lui donne un fondement. Je le fais dans tous les cas, que ce soit pour Hélène Ségara ou Bashung, même si la musique, la méthode et les enjeux sont complètement différents. C'est sûr que se retrouver en fin de soirée aux studios ICP avec Bashung et le guitariste Kevin Mulligan, juste à 3, pour enregistrer au pied levé une version de Nights In White Satin, est une sensation inoubliable." Nicolas Fiszman, 46 ans, est un cas. Une sorte de Wolfgang Amadeus du manche, précoce et virtuose, obsédé par les Beatles. "Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai fait mon premier "gig" avec Ann Gaytan (chanteuse belge reprenant volontiers Ferré, ndlr), le bassiste Vincent Kenis (1) n'a pas pu venir, et donc, je me suis retrouvé à la basse." Nicolas Fiszman y rest...

" Quand je suis dans une session studio, peu importe pour qui je joue, mon état d'esprit est le même: mettre ma basse au service de la chanson, qu'elle la soutienne, la pousse, lui donne un fondement. Je le fais dans tous les cas, que ce soit pour Hélène Ségara ou Bashung, même si la musique, la méthode et les enjeux sont complètement différents. C'est sûr que se retrouver en fin de soirée aux studios ICP avec Bashung et le guitariste Kevin Mulligan, juste à 3, pour enregistrer au pied levé une version de Nights In White Satin, est une sensation inoubliable." Nicolas Fiszman, 46 ans, est un cas. Une sorte de Wolfgang Amadeus du manche, précoce et virtuose, obsédé par les Beatles. "Je devais avoir 13 ou 14 ans quand j'ai fait mon premier "gig" avec Ann Gaytan (chanteuse belge reprenant volontiers Ferré, ndlr), le bassiste Vincent Kenis (1) n'a pas pu venir, et donc, je me suis retrouvé à la basse." Nicolas Fiszman y reste et enchaîne les missions, toujours dans le contraste: "Ma première prestation en studio a été pour les Bowling Balls (semi-mythique groupe belge disco-rock, ndlr) vers 1979. Je ne suis pas sûr d'avoir jamais été payé." Il quitte l'école, il va avoir 16 ans: "Quelques temps plus tard, j'ai été embauché dans le quartet de Philip Catherine avec Charlie Mariano et Trilok Gurtu. On ne se contentait pas de jouer des standards de jazz, le niveau était haut, avec des prémices de world. J'étais impressionné par les virtuoses mais il fallait que la musique me raconte quelque chose. Ceci dit, avec mes "employeurs", je suis rarement tombé sur des gens désagréables ou eu la sensation d'aller bosser, même si des tas de fois, j'ai pensé "Putain, cette chanson est trop nulle". J'essaie toujours d'y trouver mon compte, de m'éclater un peu. En principe, une session dure 3 heures, mais aujourd'hui, on m'appelle à la journée." Dans les années 80, Fiszman fréquente les studios RKM, à Bruxelles, les Jean-Pierre Onraedt, Pietro Lacirignola et autre Evert Verhees. Il se sent en famille, s'excite de devoir assumer une session, quelles qu'en soient les circonstances... Et puis, Nicolas change de lieu, et travaille énormément à l'ICP. "Je suis sur une bonne partie des disques encadrés aux murs (il sourit): Viktor Lazlo, Alec Mansion, Frédéric François, Bill Pritchard, Antena, Thiéfaine, Patricia Kaas, Maurane avec laquelle j'ai beaucoup joué, et Bashung bien sûr." Nicolas fait Osez Joséphine (1991) et Chatterton (1994): "Bashung propose un terrain de jeu total, c'est Noël et open bar... Avec lui, tout devient possible, il choisit et resserre ensuite: il m'a désinhibé en tant que musicien de studio, m'a rendu plus sûr de moi." Avec Bashung viennent aussi les gros cachets: "30 000 FB (750 euros) la journée de studio. Au début des années 90, cela fait de l'argent! Depuis 4 ou 5 ans, la crise est là, non seulement les prix se sont nettement tassés mais les disques se font beaucoup plus vite: les rythmiques d'un album se bouclent en 2,3 jours contre 7 auparavant." Début 1992, en tournant avec Higelin, Nicolas rencontre la future mère de ses 4 enfants, Cecilia Kankonda, intégrée avec les Zap Mama au spectacle du grand Jacques. "J'ai eu envie de voir mes enfants grandir, c'est pour cela que j'ai souvent refusé des tournées trop longues, y compris avec Zazie, pour laquelle j'ai fait plusieurs disques, ou même Bashung, que j'admirais vraiment." Nicolas est souple mais pas corvéable, peut jouer dignement sur de la variette Star Ac' mais ne fera pas n'importe quoi pour le fric. C'est autant une question d'attitude que de style musical:"Après avoir joué sur 2 albums de Johnny Halliday, on m'a proposé de faire une tournée des stades avec lui, mais même après être tombé d'accord sur un cachet (à la semaine, l'équivalent d'un salaire mensuel de cadre), je n'y suis pas allé, je savais qu'après un temps, j'en aurais marre d'être là." Et puis, il s'intéresse aussi au travail de producteur et réalise des albums pour Geoffrey Oryema, Johnny Clegg, Antena, une quinzaine de prods au total. Musicien studio, c'est un peu un travail de généraliste: dites-moi ce que vous avez, je vous ferai la meilleure prescription. Nicolas ne s'en lasse pas et varie les plaisirs: là il revient de 2 dates en Espagne avec Keren Ann -"j'ai écrit mes grilles d'accords en écoutant ses disques..."-, s'apprête à l'accompagner à Londres puis partira en tournée avec Dominique Miller, guitariste de Sting (2) qui pourrait pousser la chansonnette ci et là. En attendant, l'idée d'un premier album solo signé Nicolas Fiszman fait -doucement- son chemin. (1) DEVENU PRODUCTEUR, NOTAMMENT DE KONONO N°1 ET STAFF BENDA BILILI (2) WWW.DOMINICMILLER.COMPHILIPPE CORNET