Le hasard (et les amis) font parfois bien les choses. Avant d'assister à son concert, au club de l'Ancienne Belgique, on ne connaissait pas, ou si peu, Lucas Santtana. Deux mois plus tard, on écoute toujours en boucle son dernier album, O Deus Que Devasta Mas Tambem Cura -"Le Dieu qui détruit est aussi celui qui guérit", tout un programme. Un disque qui se retrouve également dans de nombreux classements de fin d'année, catégorie world music. A défaut de mieux. Le terme a beau être élastique, la musique de Lucas Santtana tient plus de la pop électronico-mélancolique que d'un quelconque folklore auriverde...
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Le hasard (et les amis) font parfois bien les choses. Avant d'assister à son concert, au club de l'Ancienne Belgique, on ne connaissait pas, ou si peu, Lucas Santtana. Deux mois plus tard, on écoute toujours en boucle son dernier album, O Deus Que Devasta Mas Tambem Cura -"Le Dieu qui détruit est aussi celui qui guérit", tout un programme. Un disque qui se retrouve également dans de nombreux classements de fin d'année, catégorie world music. A défaut de mieux. Le terme a beau être élastique, la musique de Lucas Santtana tient plus de la pop électronico-mélancolique que d'un quelconque folklore auriverde... L'homme vit à Rio, mais a grandi du côté de Salvador de Bahia (il y est né le 18 octobre 1970). Ses parents se séparent quand il a un an. Un père qui bosse dans un gros label, repris aujourd'hui par Universal -c'est lui qui aurait présenté Gilberto Gil à Caetano Veloso. Sa mère, elle, est prof de danse. "Elle m'a toujours acheté des tonnes de disques. De la musique brésilienne, mais aussi Coltrane, Sun Ra, Michael Jackson, John Zorn, Fela Kuti..." A vous donner le tournis... Son premier instrument? "La flûte, puis, bien plus tard, le saxo." La flûte donc, à l'âge où l'on expulse peut-être plus facilement ses montées de sève adolescente à grands coups de guitare ou de batterie. "J'ai joué dans des grands orchestres et ingurgité toute la musique classique occidentale: Bach, Beethoven,... De 14 à 19 ans, je n'ai écouté quasi que ça. J'étais un peu à part..."Plus tard, Santtana est toutefois engagé par Gilberto Gil, légende tropicaliste, pas encore ministre de la Culture sous Lula (on aperçoit Santtana, flûte traversière au bec, dans le MTV Unplugged de 1991). Pour l'occasion, il s'installe à Rio, et laisse définitivement derrière lui Bahia. Il enchaîne alors les collaborations avec Gil, Veloso, Marisa Monte ou encore Arto Lindsay, un pote. Son premier album, il ne le sort qu'au début des années 2000: Eletro Ben Dodo fait forte impression, jusque dans les colonnes du New York Times qui l'intègre dans son top 10 de l'année. Le décollage imminent a pourtant des ratés. Peut-être la difficulté de "vendre" une musique qui ne cède pas à l'exotisme facile, transcendant la tradition maison? Il faut ainsi attendre 2011 pour que le label anglais Mais Un Discos publie par ici le quatrième album de Santtana, Sem Nostalgia. Un exercice de style où il s'emploie à moderniser le guitare-voix de la bossa, comme sur le titre Super Violão Mashup, construit à partir de samples de géants de la musique brésilienne: Baden Powell, Dorival Caymmi, João Gilberto, Jorge Ben. Aujourd'hui, Santtana est déjà un album plus loin, le présent O Deus... qu'il a balancé gratuitement sur son site Internet. Le son y est plus touffu, plus chaud, à la fois complexe et limpide. La philosophie n'a pas changé: offrir une relecture post-moderne de l'immense héritage musical brésilien. Il ne faut y voir aucun snobisme des anciens, au contraire. "En 95 et 96, j'ai fait deux grosses tournées avec Gilberto Gil en Europe. Il se souvenait que la première fois qu'il a mis les pieds ici, dans les années 60, une partie des dates programmées avaient dû être annulées. Il avait dû se débrouiller sans argent pendant un mois... Si je suis là aujourd'hui, c'est parce que des gens comme lui, ou Caetano Veloso, ont ouvert des portes. C'est une histoire magnifique, dont on doit être fier." Le Brésil a toujours été une question de métissage. En mélangeant mélancolie locale, moiteur tropicale et ligne claire pop, Lucas Santtana en est une jolie preuve supplémentaire. LAURENT HOEBRECHTS