"Je n'ai aucun doute: si j'avais été anglais ou américain, j'aurais fait une carrière autrement internationale. Après la sortie de The Ship , je suis allé chez EMI à Londres, ils ne savaient même pas qu'il y avait un EMI Belgique, ils n'en trouvaient aucun trace dans leurs papiers (rires). Mais je ne suis pas du tout frustré, tout ce que je voulais faire, je l'avais fait à l'âge de 24 ans, y compris tourner en Amérique. J'ai quand même produit plus de 100 albums! Seule ma femme regrette que je n'ai pas eu un hit mondial pour acheter une villa (sourire)." Luc Van Acker, sorti des entrailles de Tirlemont le 6 octobre 1961, est en cette après-midi polaire de février vissé dans son studio près de Gand. Yeux clairs, silhouette généreuse, barbe de marin, il tranche avec le jeune éphèbe de The Ship, mi-capitaine d'opérette, mi-lubrifiant de Querelle de Brest. A cette époque des eighties, la pop...

"Je n'ai aucun doute: si j'avais été anglais ou américain, j'aurais fait une carrière autrement internationale. Après la sortie de The Ship , je suis allé chez EMI à Londres, ils ne savaient même pas qu'il y avait un EMI Belgique, ils n'en trouvaient aucun trace dans leurs papiers (rires). Mais je ne suis pas du tout frustré, tout ce que je voulais faire, je l'avais fait à l'âge de 24 ans, y compris tourner en Amérique. J'ai quand même produit plus de 100 albums! Seule ma femme regrette que je n'ai pas eu un hit mondial pour acheter une villa (sourire)." Luc Van Acker, sorti des entrailles de Tirlemont le 6 octobre 1961, est en cette après-midi polaire de février vissé dans son studio près de Gand. Yeux clairs, silhouette généreuse, barbe de marin, il tranche avec le jeune éphèbe de The Ship, mi-capitaine d'opérette, mi-lubrifiant de Querelle de Brest. A cette époque des eighties, la pop est affreusement duranduranée: même le brushing de Bowie frôle le crime contre l'Humanité. Van Acker, grand fan de ce dernier et de Brian Eno, a déjà sorti 3 maxis, dont 2 franchement underground, entre trip bouddhisto-karmique et DIY en chambre. " J'avais été en studio à l'ICP mais je ne pouvais pas payer la facture, j'ai convaincu EMI de me signer, ce qu'ils ont fait, et j'ai pu continuer The Ship , au même endroit. Certains morceaux sont complètement réalisés en solo, d'autres ont des guests." Chanteur et multi-instrumentiste autodidacte, Van Acker a rencontré dans des circonstances rocambolesques Dave Allen (ex-Gang Of Four) et David Rhodes, qui travaille avec Peter Gabriel. Tous 2 s'imbriquent dans The Ship, tout comme Blaine Reininger (Tuxedomoon) et Ian Caple, un Anglais qui travaillera plus tard sur le Fantaisie militaire de Bashung. Au-delà du name-dropping, l'album, finalement produit par Jean-Marie Aerts (complice d'Arno), explore un genre encore matriciel à l'époque, voguant dans les nappes d'électro sur un jive funky-rock ( lire page 35). Une organicité synthétique pionnière: on y retrouve tout l'attirail traficoteur de l'époque -DX7 Yamaha, Juno 60, Waldorf PPG- mais dans des tensions profondes aux reflets presque soul. " A la sortie de The Ship , j'ai fait 60 concerts en Belgique et aux Pays-Bas et j'ai dû vendre environ 17 000 exemplaires de l'album sur le Benelux, mais il est aussi sorti aux Etats-Unis sur le label Wax Trax, qui en a écoulé 10 000. C'est là que mon copain Richard 23 de Front 242 a reçu la proposition d'Al Jourgensen de Ministry, de venir travailler avec lui à Chicago." Les 2 potes belges s'embarquent pour la windy city: Richard décampe assez rapidement mais Luc y reste 2 mois. " On a créé les Revolting Cocks avec Jourgensen: cela a été le début d'une relation avec l'Amérique qui n'a jamais cessé." Dans l'excellent documentaire de la série Belpop dédié à Van Acker, diffusé en novembre sur Canvas(1), on voit le Luc retourner jouer au printemps 2011 au fameux Metro club de Chicago: un wild child de quasi 50 balais, guitar-hero d'un underground tectonique bluffant des spectateurs de 20 piges. C'est pour son travail dans les fissures du rock et de l'électro que Luc va être embauché dans d'innombrables tournées avec Jourgensen -dans les Cocks ou même Ministry-, sacrifiant longtemps ses rêves de fonder une famille biologique européenne. " C'est pour cela que je ne suis jamais resté définitivement en Amérique: j'avais rencontré ma chérie à l'âge de 18 ans, elle est prof ici, et on est toujours ensemble." Deux enfants de 19 et 21 ans plus tard, Luc & C° habitent l'ancienne maison familiale à Tirlemont, à l'extrême est du Brabant flamand. Aujourd'hui, Van Acker partage son temps entre la musique et l'enseignement: 2 jours par semaine, il donne un cours de management à la provinciale Hogeschool Limburg d'Hasselt. " En Belgique, musicalement, on est au même niveau qu'en Angleterre et aux Etats-Unis mais question management, on en est très loin. En 1994, j'ai passé une année à Los Angeles à monter mon label World Domination avec mon copain Dave Allen. On travaillait dans le même bâtiment que Gold Mountain, l'agence de Nirvana: c'est elle qui a imposé Sonic Youth en 1re partie de Neil Young parce que l'agent de ce dernier voulait avoir Nirvana pour le Canada! Et tout le monde d'applaudir Young pour son audace d'inviter SY (rires). Là, j'ai compris que si tu n'es pas dans le creuset des 60 agences qui tiennent le business international du rock, tu n'iras pas très loin." Le 17 février, Luc et 10 invités reprendront The Ship sur une scène bruxelloise, ensuite il terminera son prochain album, Extreme Gentleman, 1er disque solo en 28 ans. l (1) DES EXTRAITS SONT VISIBLES SUR YOUTUBE. EN CONCERT LE 17/02 À L' ANCIENNE BELGIQUE, WWW.ABCONCERTS.BERENCONTRE ET PHOTO PHILIPPE CORNET