Un simple coup d'oeil au palmarès de ces dernières années suffit à s'en convaincre: de Lebanon, de Samuel Maoz, à Faust, d'Alexandre Sokurov, en passant par Pieta, de Kim Ki-duk, Sacro GRA, de Gianfranco Rosi, et jusqu'à A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence, de Roy Andersson, le festival de Venise salue régulièrement des oeuvres à l'audace affirmée. Reste qu'en couronnant Desde Alla, du Vénézuélien Lorenzo Vigas, le jury de la 72e Mostra, présidé par Alfonso Cuaron, a pris tout le monde de cours. A 48 ans (il est né à Merida en 1967),...

Un simple coup d'oeil au palmarès de ces dernières années suffit à s'en convaincre: de Lebanon, de Samuel Maoz, à Faust, d'Alexandre Sokurov, en passant par Pieta, de Kim Ki-duk, Sacro GRA, de Gianfranco Rosi, et jusqu'à A Pigeon Sat on a Branch Reflecting on Existence, de Roy Andersson, le festival de Venise salue régulièrement des oeuvres à l'audace affirmée. Reste qu'en couronnant Desde Alla, du Vénézuélien Lorenzo Vigas, le jury de la 72e Mostra, présidé par Alfonso Cuaron, a pris tout le monde de cours. A 48 ans (il est né à Merida en 1967), Vigas est un parfait inconnu, ou peu s'en faut, ayant tourné des documentaires pour la télévision vénézuélienne, avant de signer un unique court métrage Los elefantes nunca olvidan (Les éléphants n'oublient jamais), présenté à la semaine de la Critique cannoise en 2004. Une dizaine d'années plus tard, Desde Alla (De loin), son premier long, s'inscrit dans la réalité de Caracas, et s'attache à Armando, un prothésiste dentaire dans la quarantaine, et Elder, un ado des rues, dont la relation, d'abord tarifée, va évoluer vers quelque chose de plus intime. Apre et cru, le film, qui tire son titre de la distance, émotionnelle et physique, que maintient Armando en toute circonstance, conjugue solitude, désir et rapports de classe tout en étant hanté par la figure du père absent. Il s'agit d'ailleurs du second volet d'une trilogie sur la paternité que ponctuera La caja, dont le réalisateur s'apprête à entamer le tournage au Mexique. Non content de révéler le talent demandant encore à s'affiner d'un réalisateur ayant fait des études de... biologie moléculaire avant de se tourner vers le cinéma, le Lion d'or devrait aussi contribuer à replacer le Venezuela sur l'atlas cinématographique mondial. Et cela, 65 ans après L'amante creola de Carlos Hugo Christensen, prix de la Photographie à Cannes, et 30 ans après la Caméra d'or obtenue par Fina Torres sur la Croisette pour Oriana (la réalisatrice signant ensuite Mécaniques célestes en France et Woman on Top aux Etats-Unis). Le prix consacre aussi l'incontestable vitalité du cinéma latino-américain, encore traduite récemment par les prix glanés à Venise par l'Argentin Pablo Trapero (El Clan), à Berlin par les Chiliens Pablo Larrain (El Club) et Patricio Guzman (El buton de nacar), comme par le Guatémaltèque Jayro Bustamante (Ixcanul), ou à Cannes par le Mexicain Michel Franco (Chronic). Le monde étant du reste petit, ce dernier est le coproducteur de Desde Alla en compagnie de son compatriote Guillermo Arriaga, scénariste des premiers films d'Alejandro Gonzalez Inarritu. Cela, tandis que Lorenzo Vigas a emprunté à Pablo Larrain son acteur-fétiche, l'incroyable Alfredo Castro, mais aussi son chef opérateur, Sergio Armstrong... J.F. PL.