Il a gravi un à un les échelons d'Hollywood, en commençant au temps du muet, comme troisième assistant accessoiriste. Il a monté et démonté les décors et passé le balai sur les tournages de John Ford. Avant de devenir une icône américaine qui fascine le monde, d'incarner les États-Unis, donnant de la chair et du muscle à leur légende. Cow-boy indomptable, monument de force et de virilité rattrapé par ses fêlures, John Wayne a aussi fini par basculer dans l'obsession patriotique. Par devenir ce mâle dominant des plus lourds aux déclarations réac et racistes, qui n'hésite pas à bousculer les femmes. Sans concession, le documentaire de Jean-Baptiste Péretié part de ses débuts. Quand en 1928, il joue un flic qui regarde passer des amoureux. Simple figurant même pas cité au générique. Il s'appelle encore Marion Morrison. Et on choisira son pseudonyme pour lui, sans même le consulter. Raoul Walsh lui confie un des rôles principaux de La Piste des géants (1930), mais c'est un échec malgré un budget colossal. Wayne est la victime toute trouvée et va moisir durant dix ans dans les films de seconde zone. Morrison finit par se donner une consistance. "Mais la série B, dit-on, c'est comme la mafia: on n'en sort que quand on est mort." John Ford se charge de lui filer son bon de sortie: La Chevauchée fantastique. Wayne y impose un charisme, une présence. Pendant la guerre, alors que d'autres partent au combat, il reste à Hollywood où il devient l'un des acteurs les plus populaires et rentables. Il va dès lors enchaîner les grands films, changer de visage à chaque nouveau rôle, imposer son regard ultra expressif, sa démarche nonchalante et chaloupée ( Rio Bravo, L'homme qui tua Liberty Valance). Les combats auxquels il n'a pas participé, l'acteur les joue dans ses films. Il refuse les personnages ambigus et lâches, et devient le personnage qu'il a créé. Il a beau n'avoir jamais porté l'uniforme, l'acteur a l'image du militaire américain par excellence. Même au Viêtnam, où les soldats appellent un acte héroïque "une John Wayne". En pleine guerre froide et chasse aux communistes, il devient le président de l'alliance cinématographique pour la préservation de l'idéal américain. Il fait de la propagande et participe à un documentaire du gouvernement. D'extraits de films en témoignages, un docu passionnant marqué par la culpabilité sur une des plus grandes et ambiguës stars du cinéma.

John Wayne, l'Amérique à tout prix

Documentaire de Jean-Baptiste Péretié.

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