Lincoln (tome 8)
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Lincoln (tome 8) D'OLIVIER ET JÉRÔME JOUVRAY, ÉDITIONS PAQUET, 48 PAGES. 7 On savait déjà que les westerns avaient en BD un fort potentiel comique. On a découvert il y a un peu plus de dix ans, avec Lincoln, qu'ils pouvaient aussi devenir le terreau, drôle, de véritables réflexions philosophiques, genre le sens de la vie ou plutôt "c'est quoi ce bordel?" -pour paraphraser Lincoln, cowboy râleur, grossier et parfois ignoble, mais sauvé par un truc, comme le lui dit Dieu: "T'as jamais supporté l'injustice." Oui, Dieu, qui lui a offert l'immortalité dès le premier album et qui, depuis, ne lui lâche plus les bottes. Dieu ayant fait l'homme à son image, "Il" a l'allure d'un redneck barbu, ventripotent et trop causant. L'originalité du propos ne s'arrête pas là avec ce huitième tome. Lincoln s'engageait dans l'armée US à la fin du précédent volume. C'était en 1917. Le revoilà donc... à Saint-Nazaire, et bientôt sur le front. "Cette série est notre cour de récré", nous a expliqué le scénariste Olivier Jouvray, pourtant bien occupé par la sortie d'un autre album chez Lombard et de La Revue Dessinée, dont il est l'un des six fondateurs. "C'est un personnage immortel, de type cartoon, à qui je peux tout faire subir. Parfait pour faire évoluer une série, en bousculer les habitudes. Chaque album est très libre. Ici, la date collait, et la Première Guerre mondiale, les tranchées, sur lesquelles je me suis beaucoup documenté, offraient ce mélange de cauchemar et de grotesque qui convient à l'humour noir. Il se nourrit toujours de la misère humaine." Lincoln fut le premier album réalisé par le scénariste français, mais il a fallu du temps, et un étonnant bouche à oreille pour que cette série adulte mais très familiale (le frère dessine, l'épouse met en couleurs) connaisse un vrai succès. Plus de 35 000 albums pour le premier tome, 20 000 à la nouveauté, chez un "petit" éditeur, sont des chiffres devenus rares dans le tsunami des sorties. Difficile à définir et à identifier, Lincoln brouille également les pistes par son dessin qui prend plaisir à ne pas se laisser identifier: a priori humoristique et simple, mais à mieux y regarder, d'une grande puissance graphique et dramaturgique. "Le style dépend beaucoup de la personnalité de son auteur, de son regard. Or Jérôme est très sensible aux corps, au mouvement, aux gags visuels tels qu'on peut les trouver dans Gaston. Avec le côté Buster Keaton de notre héros, qui ne veut surtout pas devenir un héros, ça lui donne, à lui aussi, beaucoup de liberté." OLIVIER VAN VAERENBERGH