Le rayon des magbooks (ces publications hybrides à mi-chemin entre la revue et le livre qui ont la double particularité de privilégier les textes longs et d'être vierges de toute pub) n'en finit pas de s'étoffer. Après XXI, Schnock, Feuilleton, Alibi, Muze, Long Cours ou le Belge 24 h 01, voici Portrait. Comme son nom l'indique, le petit dernier met sur le grill des individus, ou plutôt des individualités, appréhendées dans leur singularité sur un mode documentaire, poétique ou fictif. "Portrait va à la rencontre de celles et de ceux qui ont compris, au fil de leurs expéri...

Le rayon des magbooks (ces publications hybrides à mi-chemin entre la revue et le livre qui ont la double particularité de privilégier les textes longs et d'être vierges de toute pub) n'en finit pas de s'étoffer. Après XXI, Schnock, Feuilleton, Alibi, Muze, Long Cours ou le Belge 24 h 01, voici Portrait. Comme son nom l'indique, le petit dernier met sur le grill des individus, ou plutôt des individualités, appréhendées dans leur singularité sur un mode documentaire, poétique ou fictif. "Portrait va à la rencontre de celles et de ceux qui ont compris, au fil de leurs expériences, le genre de vie qu'ils avaient envie de mener", résume dans son avant-propos Rachèle Bevilacqua, à l'initiative du projet avec Fabienne Reichenbach. Formellement, rien de vraiment original par rapport à l'armada déjà en place. Une mise en page sobre habille les 168 pages. Priorité au texte. Les illustrations, quelques photos des invités et l'un ou l'autre dessin sont rares même si, comme c'est la règle du genre, un portfolio en images se glisse au milieu du sommaire. Pour une évocation à fleur de peau de l'immigration clandestine vue à travers les relations mères-fils signée Patrick Zachmann, photographe de l'agence Magnum. La seule échappée graphique se trouve à la fin avec la bande dessinée inédite de Fred Bernard, où l'auteur de La Patience du tigre raconte sur un ton ému et bienveillant sa longue amitié avec Nino Ferrer. Une respiration bienvenue après un tunnel de rencontres souvent passionnantes, mais rarement légères. Entre une lettre témoignage à feu DJ Mehdi, une évocation des penchants rock du juge antiterroriste Marc Trévidic, un portrait chinois épicé de la militante féministe Rokhaya Diallo ou une excursion dans une colonie de vacances américaine pour ados, les treize portraits se suivent sans se ressembler. Le lien avec l'actualité (sauf pour un portrait à charge par contumace d'Edwy Plenel) n'est pas primordial pour cette entreprise qui s'inscrit dans le temps long. Pour éviter la monotonie, tous les formats littéraires et journalistiques ont été convoqués. Questions-réponses, reportage, journal, nouvelle... composent une macédoine goûteuse et vagabonde, qui donne à voir la richesse de l'Humanité et l'étendue des passions humaines. Derrière les fourneaux, des journalistes, des artistes et surtout des écrivains comme Thomas B. Reverdy ou Karla Suárez. De quoi assurer le plaisir de lecture, même si inégal sur l'ensemble, et faire basculer du côté subjectif de la force ces tranches de vie juteuses. Prochain rendez-vous dans six mois (tiens, c'est justement le nom d'un autre magbook, entièrement dédié à la photo celui-là) avant un rythme trimestriel dès 2015. Ce ne sont pas les sujets qui manqueront en tout cas puisque, théoriquement, Portrait en a sept milliards à portée de plume... LE MAGBOOK EST VENDU AU PRIX DE 18 EUROS DANS LES LIBRAIRIES. LAURENT RAPHAËL