Programmée depuis le 22 février sur BeTV, la saison 3 de Baron noir emboîte le pas à nombre de séries américaines et européennes qui constatent avec une angoisse prégnante la montée des populismes et les menaces pour les démocraties qui s'ensuivent. En septembre dernier, la britannique Years & Years brossait en six épisodes des plus anxiogènes le tableau d'un avenir sombre, post-Brexit. Depuis une petite dizaine d'années, les séries politiques n'ont pas d'autre sujet. Lanceuses d'alerte ou révélatrices d'une psyché décliniste? Elles livrent chacune à leur manière un diagnostic effroyable qui condamne le patient démocratie. Le passage au troisième millénaire, marqué par le 11 septembre, n'annonce pas un renouveau optimiste qui aurait retenu les leçons du siècle passé. Les scénaristes regardent au contraire l'avenir avec effroi et décrivent le présent comme un glissement vers un drame inéluctable.
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Programmée depuis le 22 février sur BeTV, la saison 3 de Baron noir emboîte le pas à nombre de séries américaines et européennes qui constatent avec une angoisse prégnante la montée des populismes et les menaces pour les démocraties qui s'ensuivent. En septembre dernier, la britannique Years & Years brossait en six épisodes des plus anxiogènes le tableau d'un avenir sombre, post-Brexit. Depuis une petite dizaine d'années, les séries politiques n'ont pas d'autre sujet. Lanceuses d'alerte ou révélatrices d'une psyché décliniste? Elles livrent chacune à leur manière un diagnostic effroyable qui condamne le patient démocratie. Le passage au troisième millénaire, marqué par le 11 septembre, n'annonce pas un renouveau optimiste qui aurait retenu les leçons du siècle passé. Les scénaristes regardent au contraire l'avenir avec effroi et décrivent le présent comme un glissement vers un drame inéluctable. Avec sa troisième saison, Baron noir sort de son cadre habituel et rompt avec le commentaire politique de l'actualité française. La saison précédente, pour rappel, était centrée sur l'élection d'Amélie Dorendeu (Anna Mouglalis), sa vision jupitérienne de l'exercice du pouvoir et la menace djihadiste sur le territoire national. Cette fois-ci, le drame politique se mue en dystopie en dessinant les contours de la prochaine élection présidentielle. Les auteurs font la synthèse de l'humeur d'un pays et annoncent l'avènement du populisme, tout près de faire basculer la Ve République. Les retournements de situation sont nombreux, la politique française étant elle-même devenue une véritable série télé. Rien n'est gravé dans le marbre mais la bascule menace à chaque instant. Finie sans panache en novembre 2018 dans une relative indifférence générale -après l'éjection de Kevin Spacey accusé d'agressions sexuelles-, House of Cards a malgré tout eu le nez assez creux en préfigurant l'élection de Donald Trump. Tant et si bien que l'arrivée de ce dernier à la Maison-Blanche a rendu le propos de la série obsolète. Frank Underwood et son épouse Claire (Robin Wright) font de la politique comme des gangsters dont le credo se résume à obtenir le pouvoir à tout prix. Cela a conduit la série à des intrigues parfois caricaturales mais elles ont servi à illustrer la quête du pouvoir comme un pacte faustien. Là où le devoir d'exemplarité devrait régner en maître, House of Cards a réduit la politique américaine à un concours de corruption. Souvent décriée pour son traitement géopolitique, Homeland vaut surtout le détour pour sa radiographie psychanalytique de l'Amérique. Ce thriller, autant psychologique que politique, n'est autre que la chronique d'un pays traumatisé par le 11 septembre. La traque du terrorisme y surgit d'une manière spectrale et cauchemardesque, comme les troubles mentaux de son héroïne Carrie Mathison (Claire Danes). L'interventionnisme presque pathologique des Américains et leur désir perpétuel de jouer les shérifs du monde trahissent les angoisses qui étreignent le pays. La fin de la suprématie américaine est redoutée plus que tout, et envisagée comme un tournant civilisationnel. Dans Homeland, la chute de l'empire américain équivaut à l'effondrement du monde libre. De toutes les séries citées, The Good Fight est celle qui étrille le plus violemment Donald Trump. Nul besoin d'un recours à la rhétorique: on y annonce sans ambages que l'extrême droite est au pouvoir et que le pays sombre dans la folie. Dans un monde où un milliardaire star de la télé-réalité a pu accéder à la Maison-Blanche, plus rien ne fait sens. À tel point que l'héroïne, Diane Lockhart (interprétée par la formidable Christine Baranski) en vient à faire du microdosage pour supporter le flux incessant et absurde de l'actualité. La série tire à boulets rouges sur l'occupant de la Maison-Blanche, allant jusqu'à remettre en question sa légitimité. Jamais on n'aura vu d'attaques aussi frontales contre un président en exercice dans une série américaine. Bien qu'il s'agisse d'une dystopie, The Handmaid's Tale joue les lanceuses d'alerte. Dans cet univers où une dictature religieuse a pris le pouvoir, les droits les plus élémentaires sont foulés aux pieds. Comme toujours, les catégories les plus fragilisées (dans la démocratie d'avant) subissent en premier les affres de cette folie religieuse. Elle est ici symbolisée par l'asservissement des femmes, réduites à de simples matrices. L'extrême violence de certaines scènes trouve sa justification dans l'Histoire du monde puisque tous les faits racontés ont existé ou existent encore dans certains pays. Là encore, le basculement ne tient qu'à un fil. En l'espèce, un coup d'État perpétré en pleine crise due à la pollution environnementale qui a rendu stérile la majorité de la population.