On vous cache tout, on ne vous dit rien? Oui, ça arrive. Chroniquant la semaine passée le très intéressant Photo Brussels Festival, on a pris soin de passer sous silence le travail de Jean-Robert Dantou (1980) exposé à l'étage du Hangar. On a pensé que la petite dizaine de prises de vue présentées méritaient un article en soi. Manipulation? Un rien... Mais pour la bonne cause. On ne saurait trop recommander d'aller jeter un oeil à la série Les murs ne parlent pas, qui se situe au croisement de la photographie et des sciences sociales. On aime l'esprit de pudeur qui s'en dégage. Les différents clichés alignent des objets plutôt banals: brosse à dents, pipe, fourchette, ballon de plage... Pourtant, quelque chose suggère à l'esprit une fêlure à travers des détails, qu'il s'agisse d'une courbure suspecte ou d'un froissement interpellant. Derrière ceux-ci, on trouve les histoires de personnes souffrant de troubles psychiatriques. Là où la tradition de la représentation nous a habitués au spectaculaire -la mise en scène du moment de crise, Charcot à la Salpêtrière ou les aliénés d'Anders Petersen-, Jean-Robert Dantou s'attarde sur le trivial, le quotidien, en ce qu'il cristallise de manière sourde les forces de la maladie mentale qui s'exercent sur lui. Pour chacune des photographies, le Français livre un texte qui éclaire la situation. Le ballon de plage dégonflé? C'est celui de Simon, un autiste de 25 ans qui avale tout ce qu'il trouve: boulons, ampoules, vis, gants de latex, bols préalablement cassés, voire ce ballon d'environ 20 centimètres de diamètre. La brosse à dents? C'est celle qu'a tordue le mari d'Agathe. L'objet déformé s'avère être le signe du déclic, celui par lequel s'est exprimée la bipolarité de l'homme en question. En lui tient tout un réel qui se fissure, une vie qui bascule. C'est presque trop pour une simple image.

Jean-Robert Dantou, Hangar, 18 place du Châtelain, à 1050 Bruxelles. Jusqu'au 21/12.

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